Petit tour Mondial

… Des âneries collectives

Un juge du Texas vient de demander à l’Agence américaine des médicaments de retirer l’autorisation de mettre en vente une pilule abortive. La question de l’avortement est toujours aussi incandescente aux États-Unis. Les progressistes y voient un droit fondamental ; les réactionnaires, une atteinte à la vie. Pour les premiers, c’est un marqueur incontournable d’une société moderne. Pour les seconds, celui d’une société qui se délite en reniant ses valeurs chrétiennes.

L’Occident, ou ce que l’on nous présente comme tel, apparaît déchiré par des conflits idéologiques, éthiques et spirituels qu’il semble seul à connaître. Existe-t-il de tels débats dans le monde asiatique, dans le monde arabe ou sur le continent africain ?

L’émergence de nouvelles puissances politiques et économiques déplace le centre de gravité des idées. Que pèsent nos idéaux face à la Chine, à l’Inde ou à la Russie ? C’est peut-être pour cette raison que des questions comme celle de l’avortement échauffent encore autant les esprits. Pour certains, défendre les valeurs traditionnelles nous protégerait de la mondialisation qui uniformise tout.

Mon identité, même réactionnaire, doit être revendiquée afin de ne pas être dissoute dans l’uniformité ambiante. Ce raisonnement peut paraître étrange, mais c’est ce que j’avais cru comprendre, lors d’un reportage à Varsovie, quand des Polonais nous parlaient de l’IVG. Ils défendaient son interdiction, à la fois pour des raisons religieuses, et d’amour-propre, comme un Français le ferait avec le camembert et le jambon-beurre face chez McDo et au Coca-Cola. Presque une fierté pour eux, un produit local que l’on ne trouve pas ailleurs.

Aux États-Unis comme en Europe, la violence des débats met en évidence une grande fébrilité dans nos démocraties, de plus en plus sur la défensive, face à des systèmes politiques hostiles. Poutine a déclaré la semaine dernière que l’Occident était une « menace existentielle » pour la Russie. L’Occident, voilà l’ennemi mortel à abattre.

Daech avait le même objectif. Des valeurs comme les droits de l’homme, l’égalité hommes-femmes ou la liberté d’expression sont tellement associées â l’Occident qu’elles sont devenues des cibles à détruire. La marginalisation des idées modernistes défendues par l’Europe et les États-Unis est d’autant plus grande qu’elle s’accompagne d’un lent déclin économique face â des puissances telles que la Chine, l’Inde ou des régions comme la péninsule arabique, avec ses matières premières.

Une grande fébrilité dans nos démocraties

Faut-il alors, pour faire triompher ses idées, être nécessairement dominant, économiquement ou militairement ? L’Europe, qui a souvent utilisé la force pour y parvenir dans son histoire, est tenue de trouver d’autres procédés. Alors qu’autour d’elle des empires comme la Chine ou la Russie n’ont aucun état d’âme â le faire. Ces pays, construits eux aussi par la colonisation et la répression de peuples insoumis, ne s’embarrassent pas de ces questions pour défendre leurs valeurs, aux antipodes des nôtres.

La détermination de ces régimes autoritaires pour imposer leurs idées aux dépens de celles des démocraties peut inquiéter. La guerre commerciale à laquelle se livrent les acteurs de l’économie mondiale ne se déroule pas entre des alliés démocratiques, mais entre des idéologies ennemies. La finalité de la conquête de nouveaux marchés est la domination culturelle et politique.

A côté de ça, l’obstination des opposants à l’IVG semble bien dérisoire. Ils croient que leur cause nous renforce alors qu’elle ne fait que nous affaiblir. Ils gaspillent leur énergie dans des combats d’arrière-garde dont ils espèrent qu’ils vont sauver l’Occident. Le conservatisme nous protégera des menaces qui arrivent, pensent-ils. Dans le même ordre d’idées, on nous ressort du placard, comme une vieille affiche pour la mobilisation générale, l’idée que la foi nous rend plus forts et qu’un peuple qui ne croit plus est condamné à périr. Seuls ceux qui ont foi en Dieu survivront, les autres disparaîtront.

Tout se met en place pour que survienne une déflagration générale : la guerre économique comme prétexte â une guerre idéologique et spirituelle.

Selon un sondage publié la semaine dernière, 56 % des Français ne croient pas en Dieu (l). Si demain éclate un conflit, pour une fois, les Français iront combattre sans rien attendre de lui.


RISS. Charlie Hebdo 12/04/2023


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