Les derniers estivants venaient couchés presque, sur la longue grève la nuit l’été, leurs cheveux d’un jaune tendu parfois, portaient doucement quelque chose des murs anciens de Baabda, des villes objet cuivrées des souvenirs, sous les lambourdes d’un bois fauve, […].
Hormis la nuit ou les silhouettes prudemment sortaient, les couleurs du matin, les barques, les talus simples, au bord de la promenade et le feu, rien.
… Sinon peut-être cette femme dont on avait aperçu le corps, lointain dans l’eau, qui semblait remonter vers le bassin des vagues usées.
Sinon le carré des fleurs démises et des fanes, les ombres dans nos yeux depuis juin sans doute… et les parquets d’un ocre lustré où la lumière fut l’image d’un dernier lit, une trêve en passant… ou matin, chaque fois ce creusait, rase l’odeur de l’été, l’abandon des choses, la parole.
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Parler, pensai-je, avait été la nuit depuis toujours, aux joues maquillées, pauvres derrière les grillages en fleurs… et nos gestes dans la phrase, rentrés, reclus presque en une maison d’amour.
Dehors, le tracé vif des feuilles d’arbousier, d’acanthe et de viorne que nous suivions d’un œil bleu, dès l’aube… avec la main triste, la lèvre, qu’il nous fallait reposer, comme des taudis… et les lampes tombées, lâches, avant les premiers orages.
Allumer parfois, pareils à d’anciennes villes, nous allions la nuit entre les mobiliers de bois verni, la faune des objets en passant… et parfois l’herbe des plaines où la bruine nous touchaient… nos corps habillés de peu cherchant la touffeur brune d’une ultime frondaison, d’une île.
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De loin, les vieilles bâtisses, la rancœur des lignes austères s’achevaient dans l’œil en rubans… des cortèges tardaient à se faire par l’odeur de sauge nue, l’ombre sèche des muscaris en rangs, les ormes couchés derrière le remblai.
Parfois à midi les ruelles autour glissaient dans la torpeur, et la paresse des bruits tombait, fracassée, des façades au crépis antiques, des bardages démodés et des fenêtres, ou de jeunes filles dans la lumière, passaient
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Au bout, la lumière faible des digues, nous parvenait lorsque nous rentrions fourbus de la nuit, solitaires, délivrés des chandails, des chemises, des foulards, parmi les estivants hébétés, leur parole en vain peignant les rues.
Je les revois en juillet, sans un faux pli, dans deux costumes légers, deux robes peut-être, et leurs visages très lisses encore très beaux, et leur nuque, leur patience… certains jours avec eux nous avions roulé je sais vers des faubourgs, des fondrières au hasard, des granges… pour ne rien advenir de trop précise que la chaleur
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Des barrières rudimentaires entouraient la paresse des maisons… on voyait parfois sur les façades des brèves failles, d’intimes fêlures… l’odeur des jardins touchait l’ivresse des vacanciers, des jours durant sur la promenade, et les lampes.
Louis Adran. Extrait du recueil : « Nu l’été sous les fleurs » Éd. Cheyne. Devesset (07)
❤️❤️
Merci Christine pour avoir apprécié cette prose-poème pas évidente de cet auteur.
Son écriture piochée dans son lacis mémoriel-sensoriel cognitif, un voyage interne très personnel.
Amitiés
Michel