Jeter son dévolu

Expression

Jeter son dévolu est devenu synonyme de « faire un choix définitif », après une plus ou moins longue hésitation. Le dévolu est un terme du droit canon qui désignait un « bénéfice dont la nomination était dévolue au pape, par suite de l’incapacité, de l’indignité du possesseur ».

Jeter son dévolu, c’est « former une prétention sur un bénéfice en le proposant comme vacant » — autrement dit, en termes clairs, c’est réclamer la part du gâteau d’un collègue en dénonçant ledit collègue au pape et en le faisant destituer pour faute professionnelle… « On peut jeter un dévolut dans les 30 ans pour cause de simonie [trafic de choses saintes, pots-de-vin en échange de sacrements, etc.]. Les dévoluts ne s’obtiennent qu’en Cour de Rome » (Furetière).

Il n’est pas étonnant que ce terme très spécial soit passé dans le langage commun : il devait y avoir des amateurs !

On comprend aussi qu’une certaine idée de manoeuvre et d’intrigue soit restée attachée à l’expression : quand un monsieur jette son dévolu sur une dame, ou une dame sur un monsieur, cela suppose la mise en oeuvre de tout un manège, et parfois aussi la spoliation d’un bénéficiaire en titre.


Claude Duneton. « La puce à l’oreille ».


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