On les aperçoit sur les plateaux télévisés ou au gré des déplacements des candidats.
Ils ne sont pas de simples téléspectateurs mais « représenteraient la communauté de Français ».
Sur quels critères sont donc choisis ces Français censés nous représenter? D’autre part, comment et autour de quoi, s’organisent les débats dans chaque chaine d’info, avec les candidats se présentant à l’élection présidentielle ?
- Pour France 2 : « Élysée 2022 », 150 citoyennes-citoyens triès « sur le volet »« vont pouvoir interagir depuis leur salon », s’enthousiasme Laurent Guimier, directeur de l’information de France Télévisions et coprésentateur de l’émission avec Léa Salamé. Finalement, ils seront surtout sondés par Ipsos-Sopra Steria, institut de sondage et partenaire de la chaîne
- Pour BFM TV Ils sont une cinquantaine à encercler Éric Zemmour à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), « Français » de La France dans les yeux, où les candidats se succèdent encercler par un 50e d’habitants d’une ville qu’ils ont choisie, pour exemple :Valérie Pécresse à Uzerche (Corrèze), Jean-Luc Mélenchon à Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence) sont apostrophés sur des sujets précis souvent liés au quotidien de ceux qui les interrogent.
- Pour LCI, les six contradictrices-contradicteurs de service sont des abstentionnistes confrontés aux candidats dans Mission convaincre. Une émission où chacun tient son rôle et dont le casting a été ciselé par la chaîne. De la gouaille, du caractère et l’envie de se faire entendre ont été les critères retenus. « Franchement les politiques, vous êtes tous pareils, on ne vous voit qu’au moment des élections », lance Nathalie (vit dans l’Ain, où elle tient un bar-restaurant) à Valérie Pécresse lors de la première. « À mon avis, au bout de quatre ou cinq émissions, ils vont se faire leur opinion et réaliseront que le débat politique les concerne et finiront par aller voter », prédit David Pujadas, le présentateur et producteur du programme.
- Pour CNews, c’est le « show organisé » dans les rues qui est opté, ainsi balade-t-on Éric Zemmour dans « Face à la rue » accompagné de Jean-Luc Morandini (oui celui qui à plusieurs demelés avec la justice) et d’une dizaine de malabars, est allé « à la rencontre de la vraie vie » et des habitants de Drancy (Seine-Saint-Denis). En chemin, il a croisé de vraies gens, mais pas au hasard. Tous ont des questions à poser ou un foulard à retirer, comme Rachida, convaincue après un vif échange avec le candidat d’extrême droite.
- Le 7 mars sur LCI, à la veille de la Journée internationale des droits de la femme, ce sont huit lectrices du magazine Elle qui interrogeront les candidats sur « les grands enjeux des femmes ».
- En avril, de jeunes ultramarins (sélectionnés par le pôle Outre-mer de France Télévisions) les questionneront sur leur territoire.
- Pour C8 l’inevitable pantin de Bolloré, Cyril Hanouna a travaillé sur « un concept totalement inédit et un peu dingue », où deux cents personnes équipées de boîtiers valideront ou non les propositions d’un candidat en plateau. Déjà à vous de voter, son nom, est finalement en attente, mais « on ne s’interdit rien », confie le producteur Lionel Stan, directeur général de H2O Productions, la société de production de Cyril Hanouna, alias Baba.
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Bref, à la télé, comme sur tous supports mediatiques, les Français parlent aux Français pour partager leurs doutes, quand ce n’est pas leur aversion envers les politiques. Une tendance lourde de cette campagne 2022.
Alors comment sont choisis ces débattrices-débatteurs…
Pas uniquement sur des critères de représentativité — âge, catégorie professionnelle, lieu de résidence, etc. —, leur profil et leur histoire personnelle sont également étudiés. Ainsi l’ex-Gilet jaune, l’antivax ou l’abstentionniste, au fort potentiel polémique, ont de bonnes chances d’être retenus. Et, si nécessaire, ils seront présentés comme tels pour bien lancer le débat. «Derrière un vernis de représentativité, on est dans le testimonial, le cas par cas, auquel le politique va répondre par des généralités», souligne Thomas Legrand.
Des émissions, donc parfaitement structurées orchestrées présentant toutes les allures de réunions publiques. Que la télé ne reflète pas la réalité du terrain n’est pas une révélation.
Que les médias se laissent dicter les thèmes sur lesquels surfent Marine Le Pen, Éric Zemmour ou Valérie Pécresse, là ça interroge. « Les médias concernés sont tellement intoxiqués par ce qu’ils ont entendu ces six derniers mois qu’ils n’ont plus aucune autonomie critique », analyse Thierry Pech, directeur du groupe de réflexion Terra Nova.
Réécrit par M.C., d’après un article d’Étienne Labrunie. Télérama. N° 3764. 02/03/2022 que nous vous invitons à lire.