Casser du sucre sur le dos

Expression

« La volupté est bien plus sucrée quand elle cuit », a dit Montaigne qui s’y connaissait sûrement !

Dès le début, le sucre (du sanskrit çarkarâ, grain, par l’intermédiaire de l’arabe soukkar) aété associé au miel comme symbole de douceur.

On a dit tout sucre, tout miel à une époque où il était encore un produit rare pour apothicaires, et quasiment délivré « sur ordonnance » !

Au XIIe siècle, peu après son apparition, l’Amour en usait comme d’un baume :

« Mais de çon çucre et de ses bresches [rayons de miel] li radoucit nouvelles amours » (Chr. de Troyes).

Plus tard, et déjà au xve, on a fait la sucrée : la douce, la chattemite, la mijaurée…

Casser du sucre sur le dos de quelqu’un est une expression relativement récente, créée au moment où le sucre devenait à la portée de toutes les tasses.

Elle a relayé « dauber sur quelqu’un » : lui « taper » dessus, et résulte sans doute de l’enchaînement : « casser le morceau », dénoncer, « casser le morceau de sucre », dire du mal, calomnier (on a dit au XVIIIe « se sucrer de quelqu’un » pour « le prendre pour un imbécile »).

En 1898 Le Père Peinard emploie « sucrer » au sens le plus violent : « Ils indiquaient à la flicaille alliée les bons bougres à sucrer et à passer à tabac ». Je crois que c’est par jeu que l’on a ajouté « sur le dos » (aux dépens de), créant ainsi une curieuse et fausse image du temps où l’on devait réellement briser les pains de sucre avant de les déguster.


Claude Duneton – Recueil « La puce à l’oreille »


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