Ben quoi, j’ai parfaitement l’droit !

… d’être riche, et alors… j’aurais pas l’droit d’être présidente de la république à cause de cela ?

La prochaine publication de son patrimoine (une obligation pour tous les candidats à la présidentielle) tracasse Valérie Pécresse et son état-major.

Deux réunions ont été spécialement consacrées à ce douloureux problème.

Elles se sont tenues le 28 décembre et à la mi-janvier avec les stratèges d’Image 7, société d’Anne Meaux, la grande prêtresse de la com’ du CAC 40, qui conseille la candidate LR (elle s’était déjà occupée de François Fillon, en 2017).

La prétendante à l’Elysée voudrait éviter d’être assignée à la place inconfortable de candidate la plus riche de la présidentielle. Au vu de la coquette liste des biens acquis, avec son mari, Jérôme Pécresse, c’est plutôt mal barré. Ce patron de l’une des branches de General Electric empoche une-rémunération (salaire et bonus) comprise entre 1,5 et 2 millions d’euros annuels, selon un financier proche du couple.

Coup de Baule

Le bas de laine immobilier familial a commencé à se remplir le 11 octobre 2003. Ce jour-là, selon les documents consultés par « Le Canard », le couple achète à La Baule, sur le très chic front de mer, une villa de style 1930 comprenant « un rez-de-chaussée et trois étages », avec six chambres et un jardin, pour 1 million d’euros payé cash. Le prix inclut le mobilier de la baraque — des lits au « pouf en rotin », en passant par une « console en rotin » estimé à 32 931 euros. Le coup de bambou ! Avec l’évolution des prix locaux, la valeur de cette baraque s’approche aujourd’hui des 2 millions d’euros…

En mai 2014, nouvelle emplette bauloise : le couple craque pour la villa d’à côté, déjà divisée en trois appartements et cinq studios. Montant de cet investissement destiné à la location saisonnière : 1 995 million d’euros, dont 1 million issu d’un prêt bancaire.

Cette fois, l’achat est fait au nom de Saint-Damien, une SARL familiale créée par les Pécresse et leurs trois enfants. Agés, à l’époque, de 11 à 18 ans, ceux-ci ont droit (merci, papa-maman) à une part de 200 000 euros chacun dans la SARL, soit, au total, à 45 % du capital.

Après La Baule, Versailles… Celle qui déteste qu’on la dépeigne en bourgeoise des Yvelines y conforte son ancrage en septembre 2017 en achetant, toujours avec son époux, une troisième demeure, située à un jet de pierre du château. Son prix : 2 millions d’euros tout rond, dont 1 million provenant d’un prêt.

Datant du XIXe siècle, cette élégante « propriété élevée sur caves [est constituée] d’un rez-de-chaussée, de deux étages, [d’un] grenier au-dessus couvert en zinc, [d’un] petit jardin et [d’une] terrasse surélevée ». Vivement le grand parc de l’Elysée !

Avant de pouvoir y batifoler, la candidate va devoir convaincre que certaines de ses annonces électorales ne sont nullement liées à ses intérêts personnels. La prétendante promet notamment de porter de 30 à 50 % l’abattement sur la valeur de la résidence principale pour alléger l’impôt sur la fortune immobilière. Et surtout pas le sien ?

Actions ou vérité ?

La candidate appelle aussi de ses voeux un « choc des transmissions, tout de suite ». Et que ça saute ! Elle entend ainsi permettre à chaque parent de filer 100 000 euros par enfant sans impôt, tous les six ans, et non tous les quinze comme aujourd’hui. Ça ne tomberait pas trop mal pour les Pécresse, qui, après avoir distribué 600 000 euros à leurs trois rejetons en 2014, ont déjà épuisé toutes les possibilités du système actuel.

Le boulot de Jérôme Pécresse, ex-vice-président d’Alstom, jusqu’en 2016, qui se trouve aujourd’hui à la tête de la branche énergies renouvelables de General Electric, donne lieu, quant à lui, à d’interminables triturages de neurones…

En décembre 2015, au lendemain de son élection à la tête du conseil régional d’Ile-de-France, Valérie Pécresse se retrouve en conflit d’intérêts. Parti d’Alstom, son mari possède encore un paquet d’actions de la boîte, qui ne sont pas cessibles immédiatement. Or, en commandant des rames de RER à Alstom, Valérie Pécresse est à même de faire monter le cours de Bourse.

A l’époque, son équipe se vante d’avoir trouvé la parade (« L’Obs », 1/3/16) : le couple confie ses actions à une fiducie (un tiers de confiance) avec ordre de les vendre à un prix fixe (22,35 euros), et tant pis si le cours de Bourse monte (ou descend…).

A la revente, fin 2017, le cours affiche 34 euros et le couple n’empoche que la somme convenue au départ. Un sacrifice pour Valérie Pécresse, mais un joli bénef pour le gérant de la fiducie, qui empoche la différence.

Après avoir fourgué ce paquet d’actions à la fiducie, la patronne de l’lle-de-France fait comme si elle n’en possédait plus. Le 4 février 2017, elle publie sa déclaration d’intérêts, rédigée et remise le même jour à la commission d’éthique régionale (créée à sa demande). Ce jour-là, elle affirme ne détenir « aucune participation financière directe dans le capital d’une société ».

Pas pour longtemps : cinq mois plus tard, le portefeuille du couple Pécresse se gonfle de 10 000 actions de General Electric, pour une valeur de 230 000 euros, sans qu’aucune mise à jour ne vienne actualiser la déclaration du 4 février.

Rebelote en 2021, lorsque le magot s’alourdit de près de 82 000 titres supplémentaires (« Libération », 25/1).

Abracadabra ! Plus rien à déclarer…

Dessin d’Aurel — Le Canard Enchainé – 02/02/2022

Isabelle Barré et Hervé Liffran – le Canard enchaîné. 02/02/2022


8 réflexions sur “Ben quoi, j’ai parfaitement l’droit !

  1. bernarddominik 02/02/2022 / 20h12

    Le père de son mari était le PDG de l’établissement financier où je travaillais. Le meilleur PDG, hors le créateur, que j’y ai connu. Bon, elle est riche avec des conflits d’intérêt de tous les côtés, elle est énarque, deux raisons pour ne pas voter pour elle, mais mon premier objectif est de « virer » Macron. Pour les trains, je préfère qu’elle ait choisi Alstom plutôt que Siemens ou un chinois.

  2. anne35blog 02/02/2022 / 23h12

    Pauvre femme !
    Je détesterai être à sa place, je n’aime ni le pouvoir ni l’argent…

    • Libres jugements 03/02/2022 / 9h59

      Bonjour Anne,
      Es-tu sûr que ce soit une si « pauvre » femme au sens strict du qualificatif «pauvre» dans ce cas-là.
      En ce qui me concerne, je serai jamais à sa place, sachant où est la mienne dans la société et elle me convient parfaitement.
      En ce qui concerne le «pouvoir», je ne sais pas comment font celles ou ceux qui l’exercent pour se regarder dans le miroir sans se poser des questions sur leur management et «absorber» moralement les critiques venant de toutes parts.
      Quant à l’argent restons et faisons avec ce que nous disposons, sans chercher en acquérir en marchant sur d’autres personnes.
      Très amicalement
      Michel

      • anne35blog 03/02/2022 / 10h18

        Pauvre, car elle ne connait pas la vie des gens modestes, et se trouvera toujours dans un monde à part, aveugle…

  3. luc nemeth 03/02/2022 / 16h41

    on veut bien croire que cette dame et son époux ont de quoi se faire des nouilles-en-or mais pour ce qui est du titre de candidate la plus riche de la présidentielle et si tout devait être mis… sur la table ce n’est pas sûr qu’elle l’emporte, devant Taubira !

    • Libres jugements 03/02/2022 / 17h42

      Bonjour Luc
      À vrai dire je n’ai pas cette information et si tu dispose de quelques renseignements concernant Taubira, je suis preneur.
      Cordialement,
      Michel

  4. luc n. 04/02/2022 / 15h30

    Bonjour Michel,
    j’ai souvenir que son revenu annuel… déclaré était de l’ordre de € 300 000 annuels avant que de devenir ministre, ce qui commence à faire un peu beaucoup

  5. bernarddominik 06/02/2022 / 9h14

    Elle fait partie de l’énarchie, c’est affirmer que ce qui la différencie de Macron est faible. Elle est ambitieuse compétente pour ce que LR attend d’elle, reprendre le contrôle des prébendes pour les redistribuer à son clan. Pour cela, elle fait quelques concessions au clan Ciotti, et à l’électorat de droite aujourd’hui majoritaire. Pour moi, le danger Macron, c’est sa mégalomanie et son mépris des petites gens, de nous, sa volonté d’imposer sa volonté même contre le simple bon sens. C’est pour ça que je suis prêt à voter Pécresse rien que pour nous débarrasser de Macron.
    Pour moi, il n’est plus question d’idéologie, mais de simple réalisme. Et j’en suis très triste, la gauche est en train de se dissoudre dans les rivalités, il faut la reconstruire, lui trouver le leader capable de rassembler, parfois je pense à Jospin qui fut le meilleur premier ministre de la cinquième république.

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