Troublé

Je ne connaissais pas ce texte de S Lebel – A. Dona chanté là par Serge Réggiani.

Je suis de Villejuif, môme, je passais « devant l’asile » pour aller à l’école Karl Marx. Je longeais des hauts murs en meulières hérissées de tessons de bouteille avec aux deux entrées d’énormes grilles. Devant la porte d’ouverture deux guérites.  Chacune avec un planton en uniformes bleus, ceinturons et matraque. Ils n’incitaient pas a se moquer d’eux, ils manœuvraient quelquefois la barrière amovible livrant accès a d’immenses bâtiments.

Adulte j’ai eu à me rendre au chevet d’une connaissance, très porté sur l’alcool qui faisait des stages répétés dans l’établissement. L’établissement change de nom aux fils des temps, passant du commun « l’asile des fous », a : »l’hôpital psychiatrique », et même depuis quelques années « une maison de rétablissement psychiatrique ».


Je n’vous écris pas de Brest
Ni de Prague ni de Madrid
Moi je vous écris de France
De l’hôpital de Villejuif

Ça va bientôt faire dix années
Qu’on me cache dans un coin
Qu’on vient me jeter la pâtée
Dans ma chambre chaque matin
Je ne sais pas ce que j’ai bien pu faire
Pour être mis à la fourrière
A la fourrière des humains

Qu’est-ce que je fais en pyjama
A tourner entre ces murs blancs
Appeler qui, implorer quoi
D’où je suis personne ne m’entend
Toutes mes peines sont peines perdues
Je vis mais ça ne compte plus
Puisqu’ils m’ont rayé des vivants

Je n’vous écris pas de Brest
Ni de Prague ni de Madrid
Moi je vous écris de France
De l’hôpital de Villejuif

Ils peuvent me piquer la peau
Et me sangler à mon lit
J’entends toujours mille marteaux
Résonner dans mes insomnies
Je vois toujours des foules défouler
Des mains et des portes fermer
Je ne trouve plus la sortie

J’ai pourtant dû être un enfant
Moi aussi j’ai dû courir
Après des chiens, des cerf-volants
Si je pouvais y revenir
Mais je ne sais plus où dans quelle banlieue
J’ai semé les cailloux qui me
Ramènerait à ce jardin

Je n’vous écris pas de Brest
Ni de Prague ni de Madrid
Moi je vous écris de France
De l’hôpital de Villejuif.

5 réflexions sur “Troublé

  1. Mébul 24/03/2021 / 1h25

    La détresse du ‘fou’ lucide…

  2. fralurcy 24/03/2021 / 2h46

    Magnifique découverte pour moi aussi.
    F.M

  3. marie 24/03/2021 / 9h47

    Bonjour Michel que c’est beau et pathétique, une belle découverte Amicalement MTH

  4. Danielle ROLLAT 25/03/2021 / 17h37

    Merci pour ce beau texte si bien porté par Serge REGGIANI…Que de souffrances derrière ces murs encore aujourd’hui..

    • Libres jugements 25/03/2021 / 17h55

      Dans mon enfance, à l’intérieur de cet établissement a été « enfermé » Pierrot le fou et je me souviens des gardiens de la paix avec leurs capes patrouillant tout autour du périmètre (fort grand) de l’asile. Parfois j’entendais des hurlements, des plaintes et avec mon frère nous hâtions le pas … Les copains (élèves comme nous) qui avaient des parents travaillant dans cet hôpital nous racontaient des histoires plus horribles les unes que les autres de plus a un angle de rue, un urinoir public de mauvaise réputation, contribuait à faire de ce passage obligé pour rentrée à la maison, un calvaire.

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