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Attention les données ci-dessous datent du 21 octobre 2016 et ne sauraient être toujours d’actualité. Pourtant elles donnent une certaine indication, veuillez toutefois les prendre avec beaucoup de précautions. MC

[…] … les journalistes et chercheurs, (à quelques rares exceptions près), n’utilisent [pas] […] les données des réseaux sociaux, négligeant les données de fréquentation des sites web.

Pourtant, des mesures de fréquentation des sites web sont disponibles à une assez grande échelle. Elles fournissent des indications assez précises et régulières (quotidiennes dans certains cas) sur la fréquentation des sites d’organisations, institutions et personnalités sociopolitiques ainsi que des sites des médias d’informations. Certes ces données, mesurées par plusieurs outils différents, ne sont pas faciles d’accès et au-delà d’un usage limité, payantes. Mais, notamment en période préélectorale, […], ces données complètent avantageusement les sondages. Leur contenu d’information dépasse largement l’intérêt des données de Google trends, et à notre avis l’audience des sites est au moins aussi intéressant que les statistiques des likes et followers.

L’analyse de la fréquentation des sites Web permet notamment de saisir certaines évolutions, de façon assez fine et quasi instantanée après un événement politique (attentat, démission, déclaration de candidature…) ou l’émergence, la croissance ou le déclin de certaines forces politiques dans la plus longue durée.  L’analyse un peu systématique peut également documenter certaines informations méconnues, comme par exemple, l’importance de l’audience des sites d’extrême droite en France (voir plus bas).

Ainsi la compilation, depuis juin 2016, des données d’audience sur plus de 200 sites socio-politiques et d’information en utilisant un des outils disponibles, Alexa, fournit une moisson de chiffres qui constitue une petite base de données riche d’informations. Ces mesures d’audience représentent un thermomètre très sensible aux variations du climat politique et social. Toutes proportions gardées, cette base de données constitue une sorte de Baromètre du Web, ébauche d’un observatoire des audiences des sites socio-politique du Web. […]

Ébauche et test d’une petite banque de données

Notre petite banque de données repose actuellement sur le suivi de l’audience d’environ 175 sites en France et de 30 sites politiques étrangers. L’échantillon  des sites français est constitué, d’une part, de près de 68 sites de médias d’information générale ou politique aussi bien presse écrite, radio-télévision, médias en ligne, médias de la gauche comme de la droite radicale compris, d’autre part, de plus de 107 sites d’organisations (partis, associations, sites politiques divers, organisations syndicales et patronales) et d’institutions socio-politiques, complétés par une quinzaine de sites de personnalités politiques. Le suivi des médias est intéressant à un double titre. D’une part, il existe des données d’audience sur les médias qui permettent de valider la mesure d’audience Alexa utilisée dans notre base de données, d’autre part, l’évolution du classement de certains sites de médias peut être rapprochée de l’évolution des opinions politiques. […]

Les trente sites politiques français ayant le plus d’audience

Pour illustrer l’intérêt de ces données dans le cas français, le tableau publiée ci-dessous récapitule les données telles que mesurées par Alexa à la date du 19 octobre 2016 pour les 30 sites classés dans le groupe des 10.000 sites français ayant le plus d’audience.

Capture d’écran . Base de la source : Alexa 2016

Il faut préciser que le classement (colonne deux) est calculé à partir des seuls visiteurs uniques se connectant en France. Le traffic rank d’Alexa est calculée à partir du nombre de visiteurs uniques sur les trois derniers mois, calculée ici à la date du 19 octobre.  Le nombre mensuel de visites (trois colonnes suivantes) est calculé à partir des connections dans tous les pays, constaté à la date du 1er octobre. Ces différences expliquent que le classement sur la base du nombre de visiteurs uniques ne correspond pas au classement que l’on calculerait sur la base du nombre de visites.

 Le classement est relativement stable dans le temps. Il confirme tout d’abord le très bon classement des sites d’extrême droite. Sur les dix premiers sites politiques, 7 appartiennent à l’extrême droite. Seuls les sites institutionnels du Sénat et de l’Assemblée nationale s’insèrent dans ce top ten, dans un ordre qui ne reflète d’ailleurs pas leur importance relative dans le processus de décision législative. Primaire2016.org, le site de la primaire de la droite et du centre, occupe la dixième place et témoigne de l’intérêt populaire pour cette primaire.

Égalité et réconciliation est le premier site politique français, et obtient 8,1 millions de visites mensuelles. Pour illustrer la bonne performance du site Égalité et Réconciliation, on peut observer, par exemple que le site d’Alain Soral est mieux classé que celui de Médiapart, qui dans les données d’Alexa occupe le 317 è rang. Autre exemple, le site d’ATTAC est au 31 631 è rang.  Fdesouche arrive en deuxième position avec 4,5 millions de visites.

Le Front national est au douzième rang, et constitue, et de loin, le premier des sites des partis politiques. Comme l’a souligné le récent ouvrage de Dominique Albertini et David Doucet, « La Fachosphère » (Flammarion), l’extrême droite a remporté la bataille du net.

En tout il y a 16 sites d’extrême droite sur les 30 sites appartenant à la liste de sites politiques se classant dans le groupe des 10.000 sites français ayant le plus d’audience, tous types confondus. Polemia, et OJIM ferment la liste, deux sites d’extrême droite moins connus mais néanmoins très présents dans la bataille culturelle. (OJIM -extrême droite- est une pale « imitation » d’Acrimed ).

Le site Initiative communiste (lié au PRCF) est dernier site classé dans ce groupe, un exemple typique des groupes confusionnistes qui empruntent la rhétorique de la gauche pour véhiculer un discours d’extrême droite. Pour plus de détails, voir ici.

Le site d’Amnesty France est le premier n’appartenant pas à l’extrême droite à s’insérer dans le classement, suivi du site d’Acrimed. Colibris est la troisième association à se classer dans la liste, ce qui confirme les affirmations rapportées par le responsable de cette association dans l’article de Jade Lindgaard, évoqué en début de ce billet.

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Le blog de Antoine Bevort. Source (extrait)