Grand débat, Macron au front, acte II.
Version « Libération »
Après les maires, les Français (enfin). Venu rencontrer les élus de la région Auvergne-Rhône-Alpes ce jeudi à Valence, le président de République s’est invité en début de soirée à un débat citoyen organisé à Bourg-de-Péage, à quelques kilomètres de la préfecture de la Drôme. Il était prévu que le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, ancien maire de cette ville de 10 000 habitants, y assiste. Il est finalement venu avec son chef.
Vers 18 heures, après s’être excusé de cette venue au «dernier moment», Emmanuel Macron a laissé le choix des règles aux participants. L’échange a pris la forme d’un questions-réponses qui s’est étiré dans la soirée. Interpellé sur des points précis (le retour à l’emploi, les dépenses publiques, la fiscalité locale, l’usage du glyphosate, la gouvernance européenne, l’école, le modèle de soins…), le président de la République s’est employé à alimenter un échange courtois.
Debout, micro en main, il n’oublie pas de se tourner de part et d’autre pour s’adresser aux 300 personnes présentes dans la maison des associations. Macron explique, plaide, plaisante. «Emu» par une institutrice à la retraite qui vante le dédoublement des classes de CP, cassant avec un habitant qui ose moquer l’ancien banquier : «Je suis pas un héritier, je suis né à Amiens, dans ma famille personne n’était politicien, banquier, énarque. Ce que j’ai, je le dois à ceux qui m’ont élevé, qui m’ont éduqué et après, je n’ai jamais lâché le morceau», lui rétorque le président de la République. Ce sera le seul moment de tension. La plupart des gilets jaunes présents en début de soirée se sont éclipsés en cours de route. En fin de séance, une femme habillée du vêtement fluo tente une question sur le référendum d’initiative citoyen (RIC), devenu l’une des revendications majeures du mouvement de contestation. Macron : «Je suis prêt à faire évoluer le référendum, mais je ne crois pas que ce soit la panacée, on ne peut pas diriger un pays à coups de référendums, ça ne marche pas. […] Méfiez-vous des vendeurs de rêve qui vous font croire que vos problèmes trouveront toutes leurs solutions.»
Darnault Maïté, Libération – Titre original : « Emmanuel Macron dans la Drôme : «On ne peut pas diriger un pays à coups de référendums» » Source (extrait)
Version LCI
Emmanuel Macron s’est satisfait, jeudi 24 janvier à Bourg-de-Péage, d’avoir permis une hausse du Smic dans sa réponse à la crise des Gilets jaunes, […]
Cela fait partie des principales mesures prises par le gouvernement à la fin de l’année 2018, suite des promesses formulées par Emmanuel Macron le 10 décembre pour faire face à « l’état d’urgence économique et sociale » : l’augmentation de 100 euros des revenus pour les personnes touchant le Smic. « Sans qu’il en coûte un euro de plus pour l’employeur », avait précisé le président de la République, sans vraiment préciser grand-chose d’autre.
De fait, ainsi que l’avait déjà pressenti la ministre du Travail Muriel Pénicaud, le montant du Smic mensuel net ne sera pas revalorisé de 100 euros dès le 1er janvier 2019. En réalité, la hausse des revenus a reposé sur la hausse de la prime d’activité.
Ainsi, l’augmentation annoncée par Emmanuel Macron repose d’une part sur la revalorisation automatique du Smic au 1er janvier prochain (une revalorisation de 1,8% – hors inflation – qui a fait passer le Smic mensuel net de 1.184,93 euros net à 1.210 euros, selon la ministre du Travail Muriel Pénicaud). Et d’autre part, sur une accélération de la revalorisation prévue de la prime d’activité, qui représentera environ 80 € sur les 100 € d’augmentation.
Une « augmentation qui n’a pas d’équivalent, s’est satisfait Emmanuel Macron le 24 janvier. On en a jamais faite. […] Nous, on fait comme s’il [le Smic] augmentait de 100 euros par la prime, […] mais c’est l’État qui paie. [Affirmation detournant le propos confirmant ainsi qu’a partir du moment ou les finances de l’etat sont « alimentés » par les contribuables (et les contribuables sont certains salariés, des cadres mais aussi bon nombre de retraités- MC]
Ainsi » est-Il inexact de présenter cette mesure comme un équivalent à la hausse du Smic. En effet, « la prime d’activité est une prestation sociale, en aucun cas un salaire », expliquait le professeur d’économie à l’université de Lille Michael Zemmour à LCI. Une différence importante, puisqu’elle se traduira par un pouvoir d’achat direct plus élevé, mais aussi par une absence de cotisations sociales, qui servent notamment au financement de la protection sociale (retraites, chômage, assurance maladie).
Cette prime d’activité, qui a remplacé le RSA en 2016, est versée par l’Etat via les caisses d’allocations familiales. Ce qui explique, soulignait en décembre France Info, « que cette mesure sera neutre pour les employeurs ». Le 24 janvier à Bourg-de-Péage, où il participait à une réunion publique dans le cadre du « Grand débat national », Emmanuel Macron a d’ailleurs expliqué pourquoi il ne voulait pas faire supporter cette hausse aux entreprises : « Sinon, je détruis des emplois, et le jeune peu qualifié, je le mets au chômage, parce que personne ne l’embauchera si c’est lui qui paie les 1300 euros ».
Une théorie discutée par les économistes, ceux auxquels pensent Emmanuel Macron assumant de dire qu’une hausse du salaire rend moins productif celui qui le touche et l’expose à une perte de travail, tout comme elle pèse sur les coûts d’une entreprise, particulièrement les plus petites.
D’autres, tels Eric Heyer de l’OFCE, mettent en avant le fait que ce n’est pas la part salariale qui handicape une entreprise, mais ses carnets de commande non remplis. Or, en augmentant le salaire, d’autant plus celui des plus modestes qui épargnent généralement peu, on stimule la consommation, la demande et les carnets de commande.
A noter que cette hausse n’est pas une nouveauté, apparue uniquement en réponse au mouvement des Gilets jaunes, mais qu’elle était déjà prévue.
La prime d’activité devait augmenter de 30 euros en avril 2019, puis encore augmenter pour atteindre une revalorisation pouvant aller jusqu’à 80 euros d’ici la fin du quinquennat. Au lieu d’être mise en place par vagues, cette augmentation interviendra donc d’un coup, de façon à être couplée avec l’augmentation automatique du Smic, pour atteindre les 100 euros annoncés par Emmanuel Macron.
Tous les salariés ne bénéficieront donc pas de la hausse annoncée, puisque la prime d’activité est calculée en fonction de la situation familiale et des revenus du foyer. Quelque 2,6 millions de personnes bénéficient actuellement de cette aide, destinée à ceux qui touchent entre 0,5 et 1,2 Smic. […]