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Un entretien paru dans « Les Inrocks » recueilli par David Doucet et dans les titres est « Peut-il y avoir des sociétés multiculturelles ? », est à analyser. D’abord qui est Monsieur Alain Touraine 93 ans, sociologue : grand défenseur de la modernité de nos sociétés. Il repense à notre époque en tenant compte notamment de la libération des femmes. Un positionnement loin d’être anxiogène comme le prétendrait notre société actuelle. Il est le père de Marisol Touraine qui a été ministre des affaires sociales et de la santé sous Hollande MC

 

[…] … depuis le début de la modernisation, les femmes ont été enfermées dans la case « nature », là où les hommes ont été associés à la « culture ». Eux faisaient la guerre, la chasse, et elle, les enfants.

Les hommes, la « production », et les femmes, la « reproduction » (et ce, en état d’infériorité). Et cela fait longtemps que les femmes s’efforcent de faire pénétrer l’esprit de création, dont les hommes avaient pris le monopole, dans l’état du corps, de l’émotion, de la sexualité, ces aspects n’ont pas « vécus », mais « reçus ».

J’ai de bons rapports avec le neuropsychologue Antonio Damassio, qui essaie de démontrer que la créativité se niche dans un sentiment et les émotions autant que dans la raison.

Quand je dis « femme » je parle de sexe, pas de genre. On est passé d’une modernisation « limitée » à une modernisation « généralisée » et j’observe un élargissement fondamental de la notion de créativité au sein de nos sociétés : en fait l’effort d’étendre cette créativité humaine à l’ensemble de l’expérience vécue.

On peut observer que la société postindustrielle d’aujourd’hui, c’est-à-dire la société hypermoderne, et sans doute une société de communication. Or, les métiers de communication (l’enseignement, les soins médicaux, les médias) concernent bien plus les femmes que les hommes.

Cette société n’est plus une société d’État nationaux mais de globalisation, où il y a plus un système de politique représentative du « social » mais un pouvoir « total » : à la fois politique, économique et culturel. Aujourd’hui, nous assistons un éclatement, si ce n’est à une disparition, de la « capacité ».

L’économie marche tout seul dans son coin, idem pour la politique et l’armée. Et vous avez des déterminants militaires, religieux, politiques, mais pas de capacité d’action sociale. Ce qui m’intéressait : qu’est-ce qui fait qu’une société est capable d’agir, y compris pour le pire ?

Je ne suis pas convaincu de l’explication d’Hannah Arendt, qui avance que le totalitarisme éclot contre la société se défait et que, donc, tout se regroupe dans le fait du chef. Le totalitarisme c’est « national », c’est-à-dire l’État, qui bouffe le social.

Le fond des choses, c’est que la France n’a jamais pensé cette chose centrale que l’on appelle « la société ». Si l’on me pose la question de savoir si le capitalisme est mortel, je vous répondrai par l’affirmatif, tout est mortel, le capitalisme, le socialisme si cela se transforme en accumulation et en destructions de biens.

Aujourd’hui les nationalistes totalitaires se répandent comme la misère sur le monde. La globalisation a induit une perte de contrôle des états sur l’économie mondiale. Le système est structuré en fonction des milliardaires. En 1917 en observer une tentative de foutre en l’air le capitalisme, mais ce n’est pas ce qui s’est produit. Lénine souhaitait instaurer un pouvoir central. C’est le contraire absolu du règne du peuple que cette création d’une dictature nationale


David Doucet – Les Inrocks – titre original : «“Nous risquons d’être emportés par ce courant populiste” » – source (extrait)