Harcèlement scolaire

Parole d’association – Un jeune sur dix est victime de harcèlement scolaire (1).

L’association Alphé lutte pour éradiquer cette violence physique et psychologique qui, pour les victimes, fait de l’école le huis clos d’un calvaire quotidien.

Notre association, basée à Nîmes, est née en juin 2014. Elle est le fruit d’une rencontre, dans le cadre de mes activités de juriste, avec le père d’une élève victime de harcèlement dans son collège. J’ai accepté d’aider cette famille impuissante face à la complexité de ce problème en proposant à leur fille une stratégie pour échapper à la violence répétée qu’elle subissait quotidiennement de la part d’un groupe d’élèves de sa classe.

Cet accompagnement, fondé sur une relation de confiance avec l’adolescente et un travail de démystification du comportement des harceleurs à son égard, a porté ses fruits. L’idée de l’association s’est alors imposée, avec la prise de conscience d’un véritable besoin dans ce domaine au sein des établissements scolaires, où le personnel pédagogique se trouve particulièrement démuni face à cette forme de violence répétée, souvent pernicieuse, aux conséquences dévastatrices sur la vie et l’avenir de ces enfants.

C’est ainsi qu’un petit noyau de cinq bénévoles, psychologues, avocats, juristes, s’est greffé autour de ce projet, puis a développé un réseau de professionnels. Notre objectif est d’abord de prévenir l’engrenage du harcèlement, qui peut être aussi bien verbal, psychologique que physique, mais dont le ressort est toujours cette emprise qui prive les victimes de la capacité à exprimer leur détresse et les isole.

Nous intervenons au moins une fois par mois au sein des établissements du Gard, soit directement dans les classes pour sensibiliser les élèves à la gravité de ces dérives, soit lors de formations destinées aux enseignants afin de leur permettre de détecter précocement les situations à risque. Nous recevons par ailleurs de nombreux parents que nous accompagnons ou que nous orientons vers des professionnels.

Nos moyens restent cependant bien en deçà des besoins et, malgré la reconnaissance et le soutien financier des institutions, notre défi reste de trouver des ressources humaines pour répondre à toutes les demandes. Le harcèlement scolaire, qui touche tous les milieux sociaux, y compris les plus aisés, n’est pourtant pas une fatalité si on se donne les moyens et le temps de l’affronter, en inscrivant cette lutte au cœur même de l’école et de son projet pédagogique.

En témoigne l’expérience de la Finlande, où le combat contre le harcèlement est entré dans les programmes, grâce à la méthode dite « kiva », financée par le ministère de l’Éducation et de la Culture, et que près de 75 % des collèges et écoles primaires finlandais ont adoptée.

Les élèves, lors d’ateliers théoriques et pratiques, y reçoivent un enseignement hebdomadaire tourné vers le respect de l’autre, la valorisation de sa différence, le refus de s’associer aux harceleurs. La Finlande, avec un taux de harcèlement en milieu scolaire quasiment nul, peut aujourd’hui s’enorgueillir d’avoir trouvé une solution efficace. Ce modèle dessine un horizon prometteur pour les autres pays d’Europe.


Une interview realisée par Hayet Kechit pour Convergence N° 358 – du SPF


  1. D’après l’enquête menée en 2015 par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance.

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