L’égalité femme et homme … mais pas trop !

La proposition de loi d’un député pour faire de la garde alternée la première solution en cas de séparation des parents s’est attiré des critiques. Notamment de la part de féministes, inquiètes d’une précarisation des mères.

Chez maman ou chez papa ? Et pourquoi pas les deux ? Dans un climat post-Weinstein, où plus un jour ne passe sans qu’une harcelée ou une agressée ne balance son porc, voilà que déboule, tel un pétard dans un incendie, une proposition de loi qui voudrait ériger la résidence (ou garde) alternée comme la première solution à envisager en cas de séparation.

L’auteur du texte examiné mercredi en commissions des lois à l’Assemblée, le député Modem Philippe Latombe a beau clamer son envie de mieux «traduire l’égalité entre les femmes et les hommes» dans «le respect de l’intérêt supérieur de l’enfant», le voilà pris dans les foudres de moult associations de défense des femmes et des enfants qui ne mâchent pas leurs critiques contre un texte aux ambitions pourtant progressistes :

«cette proposition ne comporte aucune restriction en ce qui concerne les violences conjugales et les violences sur enfants» ; «l’enfant n’est pas une tâche domestique à partager» ; «ce texte est une récidive des lobbys masculinistes» ; «la plupart des spécialistes de l’enfance conviennent aujourd’hui que ce mode d’organisation de la vie de l’enfant, tout particulièrement lorsqu’il a moins de 7 ans, est contraire à son besoin de sécurité» ; «pour les familles monoparentales (des femmes seules dans plus de 80% des cas), ce texte pourrait aboutir à la suppression des pensions alimentaires et au partage des allocations familiales».

Danger, risque de précarisation des femmes, bien-être de l’enfant, ça envoie.

Au canon : le Collectif national pour les droits des femmes, le Collectif scientifique sur la résidence alternée chez les jeunes enfants, la Fédération nationale solidarité femmes, le Haut Conseil à l’égalité…

Goutte d’eau de parité

Mais quelle mouche a donc piqué le député du Modem de se lancer dans un tel combat, quand une dizaine de propositions ont déjà été retoquées ces dernières années ? D’abord, le député encaisse :

«Dès qu’on touche à la famille et aux enfants, et plus particulièrement au lien mère-enfant, la sensibilité est à fleur de peau.»

Ensuite, les faits : aujourd’hui en France, pays dans lequel les couples se défont de plus en plus (près d’un couple sur deux se sépare en Ile-de-France, un couple sur trois ailleurs), 71% des enfants de parents passés devant un juge résident chez leur mère, 12% chez leur père tandis que… 17% seulement sont en résidence alternée (1).

Une goutte d’eau de parité à une époque où l’on mouline à l’envi sur la nécessaire implication des pères et l’égalité – même si cette garde alternée promue par une loi portée par Ségolène Royal en 2002, a presque doublé depuis son entrée en vigueur.

[…]

Reste une question. Sans doute plus importante : les hommes ont-ils vraiment envie de prendre toute leur place après une séparation ? Selon le ministère de la Justice, sur les 18,8% de pères qui font une demande de résidence alternée, 17,3% l’obtiennent. Justement, ne faut-il pas les encourager à faire le grand saut de la parité avec une proposition de loi de ce type ?

[…]


(1) Etude du ministère de la Justice de 2013.


Mallaval Catherine, Libération – Titre original « Un projet pavé de bonnes intentions, mais… » – Source (extrait – mais en lecture libre en suivant le lien)


 

3 réflexions sur “L’égalité femme et homme … mais pas trop !

  1. bernarddominik 23/11/2017 / 19h40

    Ou on est pour l’égalité homme femme ou on est contre. Mais si on est pour on est obligatoirement pour l’égalité de droits pour la garde des enfants. Ce serait un moyen de responsabiliser les pères.

  2. Jean-Jacques Badeigts 23/11/2017 / 23h33

    Que devant le juge les deux membres du couple qui se séparent soient traité à égalité est une impérieuse nécessité et découle de la simple application du droit. Pour autant la garde est moins souvent accordée au papa et une mesure qui tendrait à rétablir l’équilibre serait bienvenue. Mais au delà de cette prescription chaque situation est particulière et ce qui compte c’est que la décision soit prise dans l’intérêt de l’enfant. La garde alternée ne présente pas forcément la meilleure solution pour tous les cas et il me semble que les services sociaux devraient être plus présents pour vérifier la réalité et permettre au juge de statuer, voire de modifier la décision prise quand il s’avère que celle-ci n’est pas la mieux adaptée à la personne de l’enfant. Tout un programme….

    • Libre jugement 24/11/2017 / 3h16

      D’abord jusqu’a la partie ou est sollicité les  » services sociaux « . Le personnel de ces services se comportent comme des censeurs et ont trop l’habitude de pre-porter jugements.

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