Certains républicains craignent de perdre les élections parlementaires de novembre, par la faute de Trump. « Le rassemblement va prendre du temps », a reconnu le leader Paul Ryan à l’issue de sa première rencontre avec le milliardaire.
Abraham Lincoln et Ronald Reagan ont de quoi se retourner dans leur tombe. Loin de modérer ses propos, le candidat qui portera les couleurs républicaines lors de la présidentielle 2016- Donald Trump- continue de briser des tabous à droite, comme en témoignent ses dernières déclarations. La taxation des plus riches ? « Je suis prêt à payer plus et, vous savez quoi ? Les riches sont prêts à payer plus « , a-t-il lancé dimanche avant de se contredire quelques heures plus tard.
Le salaire minimum ? « Je ne sais pas comment on peut s’en sortir avec 7,25 dollars de l’heure. Il faut que les gens gagnent plus ». La dette américaine ? « Il faut emprunter, en sachant qu’on peut toujours négocier avec nos créanciers si l’économie se casse la figure ». Un scénario à la grecque ou à l’argentine, qu’aucun candidat à la Maison Blanche, ni de droite ni de gauche, n’avait jamais osé défendre ces dernières décennies, remarque le « New York Times ».
Manque d’orthodoxie
Excédé par ce manque d’orthodoxie, le « speaker » de la Chambre Paul Ryan -qui occupe la plus haute place du parti-, a fait savoir qu’il n’était « pas prêt » à soutenir le milliardaire dans la course à la Maison Blanche. Une rencontre a néanmoins eu lieu, ce jeudi, entre les deux hommes pour amorcer un processus de paix. « Nous sommes en désaccord sur un certain nombre de points, cela n’est un secret pour personne. On ne peut pas tout régler en 45 minutes : le rassemblent du parti va prendre du temps », a commenté Paul Ryan à l’issue de la réunion, en refusant toujours d’apporter son soutien au milliardaire.
Engagement public contre Trump
Comme lui, les parlementaires républicains sont nombreux à craindre que les provocations de Donald Trump -à l’égard des femmes, des musulmans, des Mexicains- leur fasse perdre la majorité au Congrès en novembre -le tiers du Sénat et l’intégralité de la Chambre devant être renouvelés. Plusieurs d’entre eux se sont engagés publiquement à ne pas voter pour lui, quitte à favoriser l’élection d’Hillary Clinton. C’est notamment le cas de Lindsey Graham et Ben Sass côté Sénat, et de Justin Amash et Mitt Romney côté Chambre. La famille Bush, quant à elle, a décidé de boycotter la grande convention de juillet -du jamais vu !
Donald Trump ne semble guère s’en émouvoir. Il a toujours fustigé cet « establishment » républicain, et n’a aucune envie de renoncer aux provocations et mesures choc qui ont fait sa popularité ces derniers mois. « Nous voulons être imprévisibles. Nous devons être des joueurs de poker, des joueurs d’échec « , a-t-il déclaré il y a quelques jours.
Trump doit faire la paix avec son propre camp
Il doit cependant faire la paix avec son propre camp pour avoir une chance de battre Hillary Clinton en novembre. Il estime avoir besoin de 1,5 milliard de dollars pour financer sa campagne -une somme trop importante pour qu’il la prenne en charge, et qu’il espère rassembler par l’entremise du parti.
Paul Ryan n’a, lui-même, pas intérêt à jouer la guerre avec Donald Trump. Celui-ci menace d’imposer un autre candidat républicain dans son fief du Wisconsin, afin de lui faire perdre son siège de député en novembre. Par calcul personnel, Paul Ryan a donc plutôt intérêt à mettre ses critiques en sourdine : « Donald Trump a remporté plus de votes lors des primaires qu’aucun candidat républicain de toute l’histoire des Etats-Unis. Il attire des électeurs que nous avions perdus depuis des décennies. C’est remarquable », a-t-il fait valoir ce jeudi.
Comme lui, les républicains modérés sont ainsi nombreux à jouer la carte de l’opportunisme. La palme revient au gouverneur du Texas Rick Perry qui, après avoir assimilé la candidature de Donald Trump à un « cancer qui mine le mouvement conservateur et doit être éradiqué », vient de lui proposer de devenir son vice-président !
Lucie Robequain – Les Echos – Source