Élection USA. Marco Rubio, un ambitieux conservateur !

A 44 ans, Marco Rubio a une idée en tête : devenir le premier président latino des Etats-Unis. Candidat à la « primaire » républicaine, ce fils d’immigrés cubains pourrait créer la surprise face à Donald Trump.(…)

Sénateur au Congrès, Marco Rubio veut tout, tout de suite. Cinq ans après avoir posé ses valises au Capitole, à 44 ans, il se porte candidat pour la présidence de la première puissance mondiale. Un président républicain et latino : Rubio, c’est le facteur X de ces élections.

Les experts sont nombreux à l’imaginer dernier survivant de la fosse aux alligators qu’est « la primaire républicaine » (douze candidats, dont Donald Trump). (…)

Qui finance la campagne de Marco Rubio ?

Tout le monde aimerait avoir la recette miracle pour devenir président des Etats-Unis. Il faut du charisme, de la chance, de l’endurance. Et des amis riches et puissants. Donald Trump rappelle à chaque débat qu’il finance lui-même sa campagne. Un luxe que personne d’autre ne se permet en 2016.

Qui finance la campagne de Rubio ? Avant tout des riches Latinos de Miami. “Ils savent que c’est tout bénéfice pour les affaires si un Latino va à la Maison Blanche. En matière de business, ces gens considèrent l’Amérique du Sud comme la nouvelle frontière. Rubio qui remporte les élections, c’est comme si Miami les remportait aussi”, explique Lance Smith, analyste politique à la Florida State University.

“Pourquoi je braque les banques ? Parce que c’est là qu’il y a l’argent”, disait Al Capone. Comme tous les candidats sauf Trump et Bernie Sanders (chez les démocrates), Marco Rubio courtise les milliardaires parce qu’ils ont l’oxygène pour maintenir le feu, c’est-à-dire l’argent pour payer les spots télé. A ce jeu, Rubio n’est pas ridicule. Le milliardaire Ken Griffin, gérant d’un fonds spéculatif et homme le plus riche de Chicago, est sa dernière grosse prise.

La belle histoire de Marco Rubio

Mais l’argent ne suffit pas (…). Il faut une histoire. Et Marco Rubio a une superbe histoire à raconter au peuple américain. La plus belle de ces élections. Celle d’un fils d’immigrés cubains fuyant la dictature castriste pour mener une vie de dur labeur aux Etats-Unis (la presse découvrira que ses parents ont en fait fui la dictature de Battista en 1956, et non le régime communiste, un petit mensonge qui lui coûtera peut-être cher durant la campagne).

Un père cuistot et une mère femme de ménage

Quand Marco naît à Miami en 1971, ses parents ne sont pas encore naturalisés. Son père Mario est serveur et cuistot, sa mère Oriales femme de ménage. Rubio a grandi à Miami, avec un long interlude à Las Vegas. (…). De ses années de jeunesse à Vegas, Mario tire le sel de son histoire de fils de pas grand-chose. “J’ai passé six ans de mon enfance ici, pas très loin d’où nous nous trouvons ce soir, rappelle Rubio lors du cinquième débat républicain tenu au Venetian Hotel de Las Vegas, dix jours avant Noël.

Rubio en champion de la lutte syndicale (…)

Vegas est une étape fondatrice. Dans son autobiographie, An American Son, Rubio lie Vegas à sa découverte du racisme anti-Latinos et des gangs. Et aussi, plus curieux, à son apprentissage de la lutte syndicale – confession quasi schizophrène pour un candidat républicain.

L’histoire : en 1984, Rubio a 13 ans et son père se met en grève pour de meilleures conditions de travail. Le piquet syndical se trouve en face de Sam’s Town, l’hôtel où il travaille comme barman. Rubio écrit que cette grève était “son obsession”, qu’il collait des affiches et s’occupait d’empêcher la sécurité de filmer son père et les grévistes. (…)

L’entrée en politique

La famille Rubio reviendra en Floride : le père ne veut pas que Marco devienne croupier, fasse de l’argent facile et néglige ses études. Un choix payant. Une bourse de football, la grande passion de Rubio, lui ouvre les portes de l’université. Il en sort diplômé en droit.

Le foot, l’université, le mariage, la politique

Rubio se marie à sa copine de lycée, la belle Jeanette, pom-pom-girl chez les Dolphins. Ils auront quatre enfants. En 2000, il entre à la Chambre des représentants de Tallahassee, qui se réunit 60 jours par an seulement. Ça lui laisse le temps de vivre à Miami, en conciliant politique et activité de lobbying immobilier.

Rubio est un des sénateurs les plus pauvres de l’hémicycle (83e sur 100, selon le Center for Prevention of Politics). Cette statistique en dit moins sur la pauvreté de Rubio que sur l’extrême richesse des représentants du peuple américain.

Ses problèmes d’argent deviennent un argument électoral

La fortune de Rubio est allée croissant depuis son entrée en politique et en 2004, il gagnait déjà 300.000 dollars par an. (…)

L’argent du Parti républicain lui a déjà brûlé les doigts – il connaît la tourmente en 2010 pour avoir utilisé une carte bancaire du parti pour des dépenses personnelles. Mais il transforme ses problèmes d’argent en argument électoral. Comparé aux autres candidats très riches, ils le rendent proche du peuple, endetté comme lui.

Le succès de son autobiographie, publiée en 2012, le tire d’affaire. Les 800.000 dollars d’à-valoir lui permettent de rembourser sa dette étudiante, d’acheter un bateau de pêche, de donner aux associations caritatives et de placer le reste dans des fonds spéculatifs.

“J’aime qu’il assume son hispanité”

Dans un pays obsédé par les questions raciales et un cycle électoral dominé par les questions d’immigration, Rubio divise. Il faut faire oublier qu’en 2013 il a concocté la proposition de réforme de l’immigration la plus progressiste depuis trois décennies. Une frange des républicains, celle qui rêve de construire un mur à la frontière sud, ne pardonne pas.

“Ted Cruz, à l’inverse, joue au cow-boy qui ne parle pas espagnol”

Le pendant de ce handicap est son succès chez les Latinos, même non cubains. Domenic P., 28 ans, étudiant en droit latino de Caroline du Nord, a aidé Rubio à rédiger un autre projet de loi sur l’immigration en 2012, le Dream Act. Domenic est démocrate tendance socialiste (…)

Rubio est opposé au mariage gay et à l’avortement 

La recette de Rubio, c’est d’être ultraconservateur en matière d’impôts et de questions de société, comme le mariage gay, l’avortement (ça va loin puisqu’il n’a pas encore clarifié sa position sur l’avortement pour les victimes de viol).

En politique étrangère, Rubio est l’un des plus agressifs de la meute

Voilà qui plaît à l’électorat catholique latino, une catégorie en plein boom, et aux évangélistes de la Bible Belt (zone de protestantisme rigoriste qui couvre le quart sud-est des Etats-Unis). Deux cibles de choix. En politique étrangère, Rubio est l’un des plus agressifs de la meute, mais contrairement à de nombreux concurrents, il sait situer les pays du monde sur une carte.

En résumé, Marco Rubio est jeune, latino, talentueux, réac sur tout sauf sur les questions d’immigration, avec une pincée incongrue de justice sociale. C’est le plus difficile à saisir avec lui. Latino conservateur est une spécialité locale de Floride, le seul Etat à compter des masses de Latinos encartés républicains, par anticastrisme viscéral.

Le poids des réfugiés cubains

“On ne peut pas comprendre Rubio sans comprendre la Floride”, avertit Susan MacManus. Le poids des réfugiés cubains reste énorme à Miami, même si la vieille garde prend de l’âge (…).

“Personne n’aurait parié son caleçon sur Rubio”

L’an I de Rubio sur la scène nationale, qui le fera connaître au-delà de la péninsule de Floride, c’est 2010 et sa victoire pour le Sénat de Washington. Comme aujourd’hui pour la présidentielle, sa cote de départ était minable. Il affrontait Charlie Crist à la primaire, gouverneur de Floride, un homme d’appareil a priori intouchable.

“Crist était fait pour le poste, se souvient Lance Smith. Rubio accuse plus de dix points de retard, personne n’aurait parié son caleçon sur lui. Mais Crist part la fleur au fusil et commet gaffe sur gaffe. La plus grave étant cette accolade faite à Obama lors d’un meeting…”

Crist ne s’en doute pas sur le coup, mais pour lui c’est le baiser de la mort. Rubio exploite la bavure à fond. Il obtient le soutien des exaltés du Tea Party, qui trouvent Crist trop coulant en matière fiscale. A la surprise générale, Rubio triomphe. “C’est le moment, dit MacManus, où on a tous compris à qui on avait affaire, qu’il ne s’arrêterait pas en si bon chemin, et qu’il aurait les tripes pour aller plus loin.”


Maxime Robin – Les Inrocks (Extrait) – Titre original de l’article « Marco Rubio, le républicain latino qui veut être président des Etats-Unis ». Source

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