Depuis le 8 janvier 2026, les températures ont chuté en France.
« Vague de froid », « froid polaire », « vent glacial »…
Les formules dans les médias ne manquent pas pour décrire ces températures froides. Pourtant, cette situation n’a rien d’exceptionnel pour la saison, explique Christine Berne, climatologue à Météo-France.
- Depuis quelques jours, on voit beaucoup revenir les termes « froid polaire » et « vague de froid » avec le retour des températures négatives. Peut-on vraiment parler d’une vague de froid en cette saison hivernale ?
Christine Berne — Normalement, à cette période, on est plutôt sur une moyenne journalière de 5 °C sur l’ensemble du territoire. Là, on est autour de 0 °C en moyenne, soit quand même 5 à 6 °C en dessous des normales par rapport à la période de référence 1991-2020. Il fait donc assez froid pour la saison et nous sommes bien dans un épisode de froid hivernal, avec quelques chutes de neige. Mais sans être dans une vague de froid. À Météo-France, nous parlons plutôt d’un « épisode hivernal » ou d’un « épisode de froid ».
La « vague de froid » désigne une période pendant laquelle on descend à un seuil de -2 °C en moyenne journalière. Les seuils avec lesquels on travaille ont été établis d’après un historique des vagues de froid les plus marquantes en France, les plus dramatiques même. Cette fois, on ne va pas atteindre des températures aussi basses. On aurait certainement une vraie vague de froid si la masse d’air très froid qui descend de Scandinavie, et qu’on surnomme le Moscou-Paris, restait statique pendant quinze jours sur la France, par exemple. Un tel blocage pourrait entraîner une situation météorologique avec des températures extrêmes.
Mais là, l’air froid va se déplacer. Pour le moment, selon nos experts prévisionnistes, cet épisode ne devrait pas durer plus de 4 ou 5 jours maximum. Il ne va donc pas être exceptionnel. Cela fait quand même quelques années que nous ne sommes pas descendus en dessous de ces seuils. La dernière grande vague de froid en France date de février 2012. Elle avait duré exactement treize jours. À l’échelle du pays, les températures étaient descendues lors du pic jusqu’à -5 °C en moyenne journalière.
- Pourquoi alors assiste-t-on à une sorte d’emballement ou d’inquiétude autour de ce froid ?
Comme on a eu un temps très doux depuis le début de l’hiver, l’écart nous apparaît fort dès que les températures descendent un peu plus qu’à l’habitude. Ce qui peut expliquer cette impression renforcée de froid glacial. On a peut-être aussi du mal à prendre conscience que nos hivers se réchauffent.
On a bien saisi que les étés se réchauffent avec les vagues de chaleur, les canicules, les sécheresses, etc. On le vit au fil des décennies. Depuis 2003, c’est extrêmement marqué. Alors que, pour les hivers, le réchauffement apparaît moins clairement dans les esprits. Enfin si, quelquefois, on se dit : « Ah mince, mais c’est vrai qu’il ne neige plus comme avant. » Ne serait-ce que depuis les années 60 en France, il fait globalement 1 °C de plus en hiver.
- Ne va-t-on pas avoir de plus en plus de changements brusques de températures en hiver à cause du dérèglement climatique, avec des alternances de moments très doux et de moments très froids ? À quoi doit-on s’attendre pour les hivers dans le futur ?
C’est vrai qu’on se pose des questions sur ces oscillations. Mais on n’a pas d’études qui nous démontrent que, dans le cadre du réchauffement climatique, on pourrait avoir plus de changements brutaux en hiver. On a des températures le plus souvent beaucoup plus chaudes que la normale, voire beaucoup trop chaudes quelquefois. Ce qui accentue l’écart quand on a, juste après, une période un peu « froide ». Donc, d’une certaine façon, on pourrait dire que c’est lié au réchauffement climatique.
Il est toutefois certain qu’on ne va pas vers des épisodes de froid glacial qui alterneraient avec du chaud. Nous n’avons aucun doute sur le fait que les hivers vont continuer progressivement à se réchauffer. C’est ce qu’on observe sur l’ensemble de la France grâce à nos statistiques climatologiques répertoriées depuis 1900, même si le réseau de stations était moins dense à l’époque. Tous les scénarios élaborés par la recherche sur le climat futur indiquent que la température augmente en été comme en hiver, et plus vite en été. Enfin, si on devait subir une vague de froid en hiver, elle serait vraisemblablement moins importante que ce qu’elle aurait pu être cinquante ans auparavant quand l’air était globalement plus froid au niveau de la planète.
Fabienne Loiseau – Reporterre (Rappel Lecture libre, mais…)