Minneapolis, le tournant

C’est le cas si l’on regarde du côté du régime trumpiste, tant il a montré sa volonté d’user de la violence pure et dure pour se débarrasser de celles et ceux qui osent s’opposer aux méthodes inhumaines et brutales de sa politique anti-immigration menée sous l’égide de son tout-puissant chef adjoint de cabinet, Stephen Miller. Comme l’a écrit la géographe Charlotte Recoquillon dans L’Humanité, Trump a fait de l’ICE, la police de l’immigration, « le bras armé d’un nationalisme blanc décomplexé ».

Mais c’est aussi le cas si l’on tourne son regard vers le camp de la résistance, de celles et ceux qui ont réactivé les liens et les réseaux nés des suites de l’assassinat de George Floyd en 2020. Un journaliste de The Atlantic les a suivi-e-s, décrivant la manière dont était préparée, lors de sessions d’entraînement, la riposte pacifique aux raids de l’ICE dans les quartiers, mais aussi les équipes de veille auprès des écoles pour faire en sorte que les enfants soient prévenu-e-s de l’arrivée des agents fédéraux… Pour ces bénévoles, il s’agit surtout de protéger, pas simplement de protester.

L’auteur de l’article, Robert F. Worth, parle d’« un Hiver américain » comme il y a eu « un Printemps arabe », car il a couvert ces révolutions il y a quinze ans. « Par moments, écrit-il, Minneapolis m’a rappelé ce que j’ai vu lors du Printemps arabe de 2011 : une série d’affrontements de rue entre manifestants et forces de l’ordre qui ont rapidement dégénéré en une lutte bien plus vaste contre l’autocratie ».

Alors, assiste-t-on à un tournant ?

Oui, certainement. Donald Trump donne l’impression d’avoir reculé. Il s’est entretenu avec les responsables démocrates de l’État et de la ville, Tim Walz et Jacob Frey. Le responsable de la police aux frontières, Gregory Bovino, symbole de toutes les violences, a été renvoyé en Californie, remplacé par le « tsar des frontières » Tom Homan.

Sur Fox News mardi, à l’occasion d’une visite dans l’Iowa, Donald Trump a expliqué vouloir « apaiser un peu les tensions ». Mais comme l’a souligné Tim Walz, interrogé sur le site The Bulwark, « l’enjeu n’est pas le départ de Greg Bovino, mais l’adoption d’une politique sensée en matière de réforme de l’immigration et la fin des attaques du gouvernement fédéral contre l’État (du Minnesota) ».

La prudence reste donc de mise, tout comme la résistance, et la lutte contre l’autocratie est loin d’être terminée à dix mois des élections de mi-mandat.


François Bougon. La lettre 29/01/2026 – Mediapart (lecture libre)


We asked ourselves this question during the programme « À l’air libre » (french tv), broadcast on Tuesday 27 January. Is the murder of Alex Pretti on Saturday in Minneapolis by Border Patrol agents, less than three weeks after that of Renee Good in the same city, a turning point ?

Without a doubt, we answered.

This is the case if we look at the Trumpist regime, as it has shown its willingness to use pure and hard violence to get rid of those who dare to oppose the inhumane and brutal methods of its anti-immigration policy carried out under the aegis of its all-powerful deputy chief of staff, Stephen Miller. As the geographer Charlotte Recoquillon wrote in L’Humanité, Trump has made ICE, the immigration police, « the armed wing of an uninhibited white nationalism. »

But this is also the case if we turn our gaze to the camp of resistance, to those who have reactivated the links and networks born in the aftermath of the murder of George Floyd in 2020. A journalist from The Atlantic followed them, describing how the peaceful response to ICE raids in the neighbourhoods was prepared during training sessions, but also the monitoring teams at schools to ensure that children were warned of the arrival of federal agents… For these volunteers, it is above all a question of protecting, not simply protesting.

The author of the article, Robert F. Worth, speaks of « an American Winter » as there was « an Arab Spring, » because he covered these revolutions fifteen years ago. « At times, » he writes, « Minneapolis reminded me of what I saw during the Arab Spring of 2011: a series of street clashes between protesters and law enforcement that quickly escalated into a much larger struggle against autocracy. » So, are we witnessing a turning point?
Yes, certainly.
Donald Trump gives the impression of having backed down. He spoke with Democratic state and city officials Tim Walz and Jacob Frey. The head of the Border Patrol, Gregory Bovino, a symbol of all the violence, was sent back to California, replaced by the « border czar » Tom Homan.

On Fox News on Tuesday, during a visit to Iowa, Donald Trump explained that he wanted to « ease tensions a little bit ». But as Tim Walz pointed out in an interview with The Bulwark, « what is at stake is not the departure of Greg Bovino, but the adoption of a sensible immigration reform policy and an end to the federal government’s attacks on the state. »

Caution is therefore still required, as is resistance, and the fight against autocracy is far from over ten months before the midterm elections.


François Bougon. The letter 29/01/2026 – Mediapart (free reading – French)


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