… qui l’injuria par escript, et ne s’osa nommer
Quiconques soys, tant soys tu brave,
Qui ton orde, et puante bave
Contre moy a esté crachant,
Tu es Sot, Craintif, et Meschant.
Ta Sottie on voyt bien parfaicte
En l’Epistre, que tu as faicte
Sans art, et sans aulcun scavoir :
Toutesfoys tu cuydes avoir
Chanté en Rossignol ramage :
Mais ung Corbeau de noir plumage,
Ou ung grand Asne d’Arcadie
Feroit plus doulce melodie.
Et pour venir au demourant,
Tu crains fort, ô pauvre ignorant,
Tu crains, qu’envers toy je m’allume,
Tu crains la fureur de ma Plume.
Pourquoy crains tu ? II fault bien dire,
Qu’en toy y a fort a redire :
Car il est certain, si tu fusses
Homme de bien, et que tu n’eusses
Quelcque marque, ou maulvais renom,
Tu ne craindrois dire ton nom.
Quant est de ta meschanceté,
Elle vient de grand lascheté
D’injurier celluy, qui oncques
Ne te feit offense quelconques :
quand je t’auroys faict offense,
Es tu de si peu de deffense,
Si couard, et si baboyn,
De n’oser parler que de loing ?
L’epistre venue de moy
Pour femme, qui vault mieulx que toy,
N’est aultre cas que une risée,
Ou personne n’est desprisée.
Mais toy lourdault mal entendu
En ta response m’as rendu
Pour une risée une injure.
Si je te congnoissois (j’en jure)
Tu sentirois, si mes Lardons
Ressemblent Roses, ou Charbons.
Clément Marot. Recueil : « Œuvres poétiques complètes T1. Ed. Gérard Defaux.
Extraits : « La suite de l’adolescence » Chapitre IX, P 302/303.
Avoué que ces anciens propos avaient un certain charme bien différent des injures actuelles : « ferme ta gueule pauvre con, laisse ma meuf tranquillos ». MC