« Vois », m’a dit mon mur, « cette belle fille,
Cette belle fille au regard si pur
Où, comme en un lac d’un limpide azur,
Un doux astre brille.
« Je l’aime ! Pourquoi ne parles-tu pas ?
Si tu n’oses point, d’une voix sonore,
Lui dire tout haut : « Mon cœur vous adore, »
Dis-le-lui tout bas. »
Moi j’ai répondu : « Veux-tu bien te taire ! »
Comment me donner cet air triomphant ?
Je suis devant elle ainsi qu’un enfant
Que la crainte atterre.
« Aux aigles d’aller, par le ciel brumeux,
Chercher le soleil à travers la nue.
La fleur n’a pas d’aile à sa tige nue
Pour voler comme eux. »
« Assez, va, mon cœur, elle te sait tendre,
Et je n’ai que faire ami, de t’offrir.
Si pour toi son cœur est lent à s’ouvrir,
Le mieux est d’attendre. »
« A ta patience aura-t-elle égard ?
Peut-être, après tout ; à l’astre qui brille
Que coûte un rayon ; à la belle fille
Que coûte un regard ! »
Claudius Popelin. Recueil : « Poesies completes (Ed. 1889) Ed. Hachette /BNF