La stratégie est commune chez les prédateurs,
elle porte un nom : le test de la proie.
C’est à elle que fait penser la charge, violente, déposée le 25 août par Donald Trump sur son réseau social, Truth Social. Dans ce texte menaçant, le président américain dénonce « les taxes ou les législations sur les services numériques, les réglementations sur les marchés numériques » adoptées par l’Europe « pour discriminer ou nuire à la technologie américaine ».
Et il prévient : si l’UE ne les abroge pas, les États-Unis augmenteront les droits de douane signés — difficilement — avec elle, il y a à peine un mois.
Chez les grands prédateurs, le test de la proie consiste à sonder les réactions de l’animal traqué en esquissant une attaque avant de se replier… puis à recommencer : attaque, recul, attaque, etc. Objectif ? Repérer l’individu le plus fragile du groupe et l’isoler, mais aussi tester la combativité du troupeau.
Les chantages répétés de Donald Trump sont bien sûr révoltants, et la mort en direct récente, effarante, du streamer Jean Pormanove nous rappelle combien le DSA — Digital Service Act —, qui engage depuis 2022 un début de responsabilité des plateformes et des réseaux sociaux sur certains contenus illicites, doit être affiné et renforcé, sûrement pas supprimé. Par ailleurs, l’UE, harcelée par une diplomatie américaine archi agressive dans sa défense des intérêts de la « tech », est en droit de se protéger grâce au fameux DMA — Digital Markets Act —, censé assurer une concurrence loyale sur le marché numérique.
Ce tweet rageur, en définitive, est peut-être l’occasion pour l’Europe d’envoyer un message clair aux « prédateurs associés » — Trump et les Gafam. L’esprit carnassier et colonialiste du premier (voir ses visées sur le Groenland) et la gloutonnerie illimitée des seconds en matière de données personnelles ne connaissent aucune limite : c’est le moment de les fixer.
Plus grave encore, la collusion étroite de la Silicon Valley et de la Maison-Blanche fait de leur attelage une redoutable machine de guerre pour les idées illibérales, réactionnaires et racistes du président américain et de son entourage, ainsi qu’une arme de surveillance massive sur tous les habitants de la planète.
L’Europe doit donc dire non, no, nein, au diktat trumpien. Dans toutes les langues et, surtout, d’une seule voix. Histoire de rappeler au grand prédateur que, parfois, c’est l’animal traqué qui remporte le test de la proie
Olivier Pascal-Moussellard. Édito -Télérama. N° 3947. 03/09/2025
« L’Europe doit donc dire non, no, nein, au diktat trumpien. Dans toutes les langues et, surtout, d’une seule voix. »
Arrivée là, j’ai éclaté de rire.