Une tramontane traversière d’ouest flattait hier mon sobre casaquin et pourtant ce matin de mai, nulle pluie n’est venue se pleurer au jardin.
Primevères et crocus fleurissent en octobre en talus et prairies.
Des violettes aussi ouvrent déjà leurs rases corolles menues.
Poireaux et blettes flétrissent de la tige, plus aucun suc à tirer des racines.
Des herbes, des arbres secs et cassants.
Les printemps sont décalés ; les automnes d’orages se parent de costumes noirs élimés aux manches.
Tes blés d’été sont calcinés bien avant l’heure des moissons.
Tes hivers grondent et pétaradent, mais neigent moins.
Seul, le niveau des pierres et cailloux monte aux rivières.
Le coucou à l’aurore ne chante plus et les coqs de basses-cours font désormais silence.
Doit-on croire alors qu’il n’y a plus de véritables saisons ?
Gilles Compagnon. Recueil « Souffler de vers, poseurs de prose. Ed J. Flament