… il est celui qui rallume la flamme.
C’est l’homme de tous les contrastes, l’incarnation de la mosaïque culturelle qui définit New York et la société américaine. Mais c’est aussi le visage d’un apaisement bienvenu : celui des tensions délétères qui minent la Grosse Pomme et la gauche américaine. Zohran Mamdani vient de remporter les primaires démocrates organisées en vue des élections municipales à New York en novembre prochain contre un cacique du parti, Andrew Cuomo. Il est d’origine indienne — sa mère est la réalisatrice Mira Nair —, musulman et… socialiste.
Un « trois-en-un » décomplexé, antithèse assumée de la culture identitaire qui sévit à droite comme à gauche, et qui lui a permis d’embrasser large dans l’électorat.
Le jeune impétrant de 33 ans a par exemple bâti sa campagne sur la promesse de rendre de nouveau abordable une ville où l’expresso coûte 5 euros… mais c’est la mobilisation des classes moyennes des quartiers « gentrifiés », des classes aisées de Manhattan et de Brooklyn et des électeurs d’origine asiatique qui lui ont permis de l’emporter. Les Noirs et les plus démunis lui ont préféré son adversaire.
De même, musulman pratiquant et critique acerbe de la politique d’Israël, n’hésitant pas à prononcer le mot « génocide » à propos de Gaza et à clamer son droit à se dire antisioniste sans se voir accusé d’antisémitisme, Zohran l’intrépide a réussi à rallier 20% des électeurs juifs new-yorkais !
Un exploit, dans une ville au bord de la crise de nerfs sur la question palestinienne, où la communauté juive, bien que majoritairement démocrate, fait traditionnellement corps derrière l’État d’Israël quand il est attaqué. Socialiste, musulman, pro-palestinien ?
C’est plus qu’il n’en faut pour s’attirer la haine de la coalition réactionnaire, xénophobe et raciste réunie autour du « chef » Donald Trump, et les tontons flingueurs du président n’ont pas tardé à sortir l’artillerie lourde contre Mamdani, en le présentant comme un pur produit de la gauche extrême — ce qu’il n’est pas.
On comprend leur inquiétude : il se pourrait que, demain, la méthode Mamdani, cette façon particulière de synthétiser plusieurs nuances du combat progressiste, de se montrer intraitable sur ses convictions tout en privilégiant un discours muid-culturel « à l’ancienne » — donc ouvert et non identitaire — redonne vie à une gauche américaine impuissante et divisée.
Ajoutez une grosse pincée de charisme naturel, et ce candidat venu de nulle part — ou plutôt de partout — pourrait incarner le réveil inespéré d’une gauche paumée, aujourd’hui à New York, demain peut-être aux États-Unis… et qui sait, un jour, de ce côté-ci de l’Atlantique ?
Olivier Pascal-Moussellard Télérama. N° 3938. 02/07 2025
Le blocage des loyers est sa mesure principale. Très populaire dans une ville où se loger coûte très cher. Espérons que ce jeune homme dynamique donne de l’espoir aux classes populaires.
Vu le climat actuel aux USA, il a intérêt à faire attention à lui.