… Villepin, l’homme qui a dit « non » à la publication de ses comptes
Dominique de Villepin est un homme riche, bien plus que beaucoup d’autres ex-ministres compromis dans le business de l’influence. Et pour que l’on ne sache pas exactement à quel point, l’ex-Premier ministre s’acquitte tous les ans d’une amende de 3 000 euros pour non-publication des comptes de sa société, Villepin International. Trois mille euros annuels ? Une broutille pour celui qui, au sortir de Matignon, en 2007, pantoufle en avocat d’affaires international. Dès la première année, c’est le jackpot : 4,6 millions d’euros de chiffre d’affaires pour un bénéfice de 2,6 millions. En 2015, il rend sa robe : « Ça l’obligeait à trop de transparence », confie au Monde, honnête, un de ses proches.
La transparence, Dominique de Villepin n’aime vraiment pas ça. Surtout quand on l’interroge sur ses clients, et plus particulièrement sur les puissances étrangères qui voudraient s’offrir celui qui a si ardemment défendu la cause irakienne à l’ONU. Le Qatar ? Le cheikh Hamad Al Thani et sa femme, Moza, auraient eu un gros coup de foudre pour Dominique de Villepin, l’ambassadeur du Qatar en France lui aurait même remis le prix Doha capitale culturelle arabe, accompagné d’un chèque de 10 000 euros en 2010 – des clopinettes. Villepin le jure : il n’a jamais « eu un seul contrat » avec le Qatar, et s’il ne donne pas les noms de ses clients, c’est pour des raisons de « confidentialité ».
Qui se souvient qu’il avait déjà nié avoir travaillé pour la famille saoudienne Bugshan – qui pèse 2,5 milliards de dollars et dont le nom apparaît dans l’affaire Karachi et dans celle du financement libyen de Sarkozy ? À l’époque, les enquêteurs de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales avaient finalement découvert qu’il avait touché quelque 4,2 millions d’euros de la part des Bugshan, entre 2008 et 2010, pour des missions de conseil.
Aujourd’hui, lorsque les journalistes l’interrogent sur ses clients internationaux, Dominique de Villepin promet, la main sur le cœur, une « totale transparence » sur ses activités, lorsqu’il sera élu président de la République. Espérons quand même qu’on n’en arrive pas là.
Jean-Loup Adénor. Charlie Hebdo. Extrait d’un grand article sur Villepin. 09/07/2025