Boules à fantasmes

Le rôle des testicules est somme toute assez banal…

… fabriquer du sperme et des hormones mâles. Et pourtant, on leur prête un tas de pouvoirs qui vont bien au-delà de ces fonctions. Des mythes longtemps entretenus par les médecins.

Sur le plan symbolique, ce n’est plus un privilège masculin.
Même les femmes se targuent d’« en avoir », de « s’en battre », ou se plaignent qu’on « les leur casse ». Je parle des valseuses, des roubignoles, des bijoux de famille… Bref, des couilles.

Mais, physiologiquement, c’est quand même au départ une affaire de mâles.
Cependant, on peut en avoir sans en faire étalage.

[…]
C’est ce qui, au XVIIe siècle, a conduit le médecin Jacques Duval à écrire que les hommes qui ont des bonbons « lâches et molasses […] ne se trouvent tant forts et vigoureux que les femmes pourraient bien désirer ». Alors que s’ils en ont des « fermes et courts […] tout le corps se trouve de meilleure habitude et plus robuste ». La médecine lui donnera tort, car on sait aujourd’hui que l’apparence des bourses n’est pas due à leur prétendue vigueur, mais au relâchement, sous l’effet de la chaleur, et même chez les plus testostérones, du muscle qui les soutient.

On a beaucoup valorisé les testicules, et pourtant on en a aussi coupé. Certains l’ont fait pour plaire à Dieu : c’est le cas des scoptes, adeptes d’une secte russe créée à la fin du XVIIIe siècle et dont les derniers survivants sont décédés à la fin du XXe siècle. Ils pratiquaient deux sortes de castrations : la « partielle », qui ne sacrifiait que les orphelines, ou la « complète », qui comprenait le service trois pièces.

Pour ce faire, ils s’appuyaient (notamment) sur ce passage de l’Évangile (Matthieu 18.8) : « Si ta main ou ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-les et jette-les loin de toi ; Il vaut mieux pour toi entrer dans la vie boiteux ou manchot, que d’avoir deux pieds ou deux mains et d’être jeté dans le feu éternel. »
[…]
Aujourd’hui, on a beau connaître parfaitement le fonctionnement des testicules, cela n’empêche pas d’y projeter encore et toujours les mêmes éternels fantasmes.


Antonio Fischetti. Charlie Hebdo. Source (très courts extraits). 16/07/2025


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