Trump cherche à montrer qui est le nouveau shérif.

Karim Emile Bitar, chercheur associé à l’IRIS,
spécialiste de la politique étrangère des États-Unis

Qu’est-ce qui a poussé Trump à attaquer les sites iraniens ?

« Il faut d’abord dire que Trump n’a jamais été réticent à l’usage de la force brute. Il l’avait déjà montré avec l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani le 3 janvier 2020. Par contre, il est dans une logique radicalement différente de celle des néoconservateurs qui avaient provoqué l’invasion américaine de l’Irak en 2003. Il ne prétend pas vouloir exporter le libéralisme ou la démocratie comme eux. Il cherche à montrer qui est le nouveau shérif. Ce qui l’a également incité, c’est bien évidemment des pressions très intenses de Benjamin Netanyahou alors même que Tulsi Gabbard, sa propre directrice du renseignement national, venait de témoigner que l’Iran était encore très loin du seuil nucléaire et que le Guide suprême n’avait pas donné l’ordre de militariser ce programme nucléaire. Donc, on est plus dans une volonté de Donald Trump de montrer sa puissance, sa virilité et de coller aux objectifs stratégiques israéliens. »

Cette opération est-elle une victoire pour Trump ?

« Il est vrai qu’à court terme, il peut sembler que cette victoire, compte tenu de la supériorité militaire et technologique écrasante des États-Unis, a été rapide et éclatante. Mais comme à l’habitude, dans ce genre d’intervention occidentale au Moyen-Orient, il n’y a pas l’ombre d’une réflexion stratégique sur le jour d’après, aucun scénario pour endiguer les risques de fragmentation et de chaos. »

Cela signifie-t-il la fin de la menace nucléaire iranienne ?

« Non, tout simplement parce qu’on n’a pas encore idée de l’ampleur des destructions. Ensuite, parce qu’on ne peut pas bombarder un savoir-faire, et que l’Iran a probablement d’autres savants nucléaires. Et cette humiliation pourrait conduire les Iraniens à vouloir accélérer leur programme nucléaire, à sortir éventuellement du traité de non-prolifération, parce qu’ils réalisent que c’était le seul moyen de dissuader de futures attaques. Mais pour le moment, ils sont groggy et ont très peu d’options pour répondre à ces frappes. »

Le régime des mollahs est-il fragilisé ?

« À long terme, cela va laisser des traces. […] Mais on a beau détester le régime, et 80 % des Iraniens sont très hostiles à leur régime selon les sondages, il y a quand même une réticence à voir des puissances étrangères bombarder son pays. Dès qu’il y a une épée de Damoclès en provenance de l’étranger, on pourrait assister à une sorte de ralliement autour du drapeau. »

Est-ce un échec pour la diplomatie européenne et notamment française ?

« On ne peut même pas parler d’échec parce qu’il n’y a pas eu véritablement de tentative. L’Europe est tellement fragmentée qu’elle n’a même pas lancé d’initiative susceptible de débloquer cela. On a beau avoir convoqué un sommet, c’était déjà trop tard. Il y a un véritable gouffre entre la position allemande, qui est alignée de façon inconditionnelle sur Israël, et la position d’autres pays européens, comme l’Espagne, qui sont beaucoup plus critiques envers Tel Aviv ».


Propos recueillis par Nicolas Pradère Le Dauphiné Libéré. 24/06/2025


Une réflexion sur “Trump cherche à montrer qui est le nouveau shérif.

  1. bernarddominik 25/06/2025 / 18h59

    Tout à fait d’accord avec cette analyse

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