Israël et déportation
Après l’annonce d’un projet de prise de contrôle de Gaza par Israël, la tension est à son comble au Moyen-Orient faisant craindre une déstabilisation globale de la région. Malgré les oppositions internes et internationales, c’est bien à une déportation que le monde assiste dans l’indifférence totale. […]
Explication et analyse du plan du gouvernement israélien avec Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des universités et directeur de l’institut de recherche et d’études Méditerranée/ Moyen-Orient. Entretien.
- Pourquoi le cabinet de sécurité israélien a-t-il décidé maintenant de lancer son plan de conquête de la bande de Gaza ?
Je crois que ce projet de conquête de Gaza par Israël est très ancien, il a une double dimension. Des gens comme Benyamin Netanyahou et son entourage y pensent depuis des années. Ils l’ont énoncé depuis octobre 2023 et l’attaque du Hamas, mais depuis janvier 2025 et le retour de Donald Trump au pouvoir nous sommes entrés dans une nouvelle phase. […]
- Pourquoi la trêve n’a-t-elle pas fonctionné ?
La phase de février-mars a été une phase de négociation puis la deuxième phase devait permettre une libération d’otages et de prisonniers palestiniens avant le retrait définitif de l’armée israélienne de la bande de Gaza.
Finalement, la deuxième phase n’a jamais eu lieu parce que Benyamin Netanyahou ne voulait pas que l’armée se retire. […] La chose est claire : s’il avait voulu faire durer la trêve, il aurait accepté la libération des otages. Par ailleurs, Israël a interrompu l’acheminement de l’aide humanitaire dès le début du mois de mars, donc on voit qu’il y avait une volonté de briser le cessez-le-feu.
- Alors que la situation humanitaire est la plus grave depuis le déclenchement du conflit, la communauté internationale, et en particulier les États-Unis, peuvent-ils encore exercer une pression sur Benyamin Netanyahou ?
On a l’impression que Benyamin Netanyahou et son équipe ont un sentiment d’impunité. Particulièrement depuis l’arrivée de Trump, puisque Biden avait clairement dit qu’il s’opposerait à une occupation totale de Gaza. […]
- Est-ce que les oppositions internes peuvent freiner les ambitions du cabinet israélien ?
Ce qui est sûr, c’est qu’il y a des oppositions au sein de l’armée, de la part de réservistes et également de hauts placés. Le Forum des familles d’otages manifeste régulièrement contre le premier ministre qui a bien compris que les otages n’ont jamais été une priorité pour Benyamin Netanyahou. Mais ces oppositions ne sont pas en capacité d’infléchir ses décisions.
- Concrètement quelles seraient les conséquences d’une prise de contrôle de Gaza par Israël ?
Matériellement, il faut bien comprendre qu’au sens du droit international, le déplacement forcé d’une population, c’est de la déportation et si on concentre des populations de force sur un territoire ça s’appelle des camps de concentration.
Ensuite, on constate à Rafah comme dans la ville de Gaza que le mobilier urbain est en grande partie détruit.
Enfin, en cas de déportation, il y a un risque majeur de déstabilisation de la région. Pour les Égyptiens, le risque d’avoir des milliers de réfugiés est un risque de déstabilisation absolu pour le pays. On n’imagine pas un affrontement militaire entre Israël et l’Égypte, mais il ne faut pas exclure des tensions extrêmement fortes.
Henri Clavier. Public Sénat. Source — lecture libre.
La destruction méthodique d’un territoire et d’un peuple, c’est effrayant et honteux.