L’Amérique chimérique de Trump-Musk

La finance ne dessoûle pas depuis l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche. Ce 16 décembre 2024, le Nasdaq, l’indice des valeurs technologiques de Wall Street, qui regroupe les géants de l’information et du numérique comme les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsof), pulvérisait un nouveau record à 20,175 points (+ 1,25 %), soit le 5ᵉ plus haut en 7 séances pour un gain annuel des titres représentés de quelque 34,4 %.

Le scénario est le même sur le front des cryptomonnaies, ces devises numériques dévouées aux opérations les plus spéculatives. Le bitcoin, la plus célèbre d’entre elles, a dépassé le seuil des 103 000 dollars. Contre 43 500 dollars, il y a un an, fin 2023.

  • Elon Musk chargé de liquider la « bureaucratie »

Les marchés financiers qui ont sabré le champagne dès l’élection du 5 novembre ont eu confirmation depuis lors qu’ils pouvaient compter sur l’oligarque de l’immobilier et l’équipe dont il s’entoure, avec Elon Musk en chef d’orchestre, pour libérer toute leur créativité, au nom d’une approche libertarienne et ultralibérale de l’économie. […].

Et pour bien faire comprendre où cette route doit mener, Trump a limogé l’actuel chef de la SEC (Securities and Exchange Commission), agence gouvernementale chargée du contrôle des opérations et des marchés financiers, dont le mandat n’arrivait à terme qu’en 2026.

  • La finance « largement surévaluée par rapport à l’économie réelle »

Le tort de Gary Gensler, qui a annoncé qu’il ne sera plus en fonction le 20 janvier quand le président élu fera son entrée à la Maison-Blanche, était de chercher à réglementer un minimum les marchés des cryptomonnaies, fabuleux instrument des plus gros investisseurs. Donc aussi de ceux qui entendent blanchir des sommes fabuleuses accumulées jusque dans les trafics les plus sordides.

La voie est ainsi libre, débarrassée des velléités d’ultimes grincheux de la gestion financière. Et pourtant, le besoin de mettre un frein à une excroissance financière dont le gonflement menace la santé de l’économie des États-Unis et du monde apparaît plus nécessaire que jamais.

L’économiste et essayiste états-unien Robert Kuttner estime que la finance est « largement surévaluée par rapport à l’économie réelle ». En raison de ce décalage déjà insupportable, le problème n’est plus de savoir si nous allons, au rythme des réformes de Trump, vers un krach financier, mais quand il va se produire.

  • Une situation qui explique paradoxalement le vote Trump

Et Kuttner de caractériser les circonstances actuelles « comme celles de 1928 ou 1929 », préalables ou non à la grande crise financière passée1. Nous serions ainsi au minimum à un an d’un krach au moins aussi ravageur que celui enregistré au début du XXe siècle. […]

Depuis au moins trente ans, les revenus du capital n’ont cessé de capter une part grandissante de la valeur créée par les entreprises au détriment constant des salariés. Jusqu’à mettre en cause aujourd’hui ce minimum d’équilibre, sans lequel le vivre-ensemble devient toujours plus problématique.

  • Le résultat d’une politique de « mobilisation de la valeur pour l’actionnaire »

En 2022, seulement 58 % du total de la valeur ajoutée, la richesse créée dans le pays, parvenait aux salariés, soit près de 10 % de moins qu’au tournant des années 2000. Cette énorme ponction du capital est le résultat de l’application systématique d’une politique dite de « mobilisation de la valeur pour l’actionnaire ».

C’est elle qui a nourri un creusement des inégalités comme jamais dans le pays. […]

La méthode du duo Donald Trump-Elon Musk s’apparente àtraiter le mal provoqué par la financiarisation par une augmentation des doses de « shoot » financier. À ce compte-là, le malade risque d’atteindre très vite l’overdose.

  • Une potentielle autre bulle avec les hydrocarbures

D’autant que d’autres secteurs que celui des cryptomonnaies ou des champions de l’Internet pourraient alimenter des bulles analogues.
Big Oil qui affiche déjà des résultats records, est à la fête avec l’extension programmée de ses champs d’exploitation sur le territoire des États-Unis, qu’ils soient conventionnels ou à fraction hydraulique, c’est-à-dire fortement polluants.

Le président élu en a fait une priorité, martelant à maintes reprises durant sa campagne qu’il faudrait « forer, forer, forer » (drill, drill, drill). […]

  • Suprématie du roi dollar

Ces contradictions vont s’aiguiser, selon une logique qui va de pair avec une agressivité commerciale sans précédent, appuyée sur la domination du dollar. La devise états-unienne, monnaie commune mondiale de fait, constitue en effet une formidable pompe aspirante des investissements vers les États-Unis. […]


Bruno Odent . Source abonnement (extraits) https://www.humanite.fr/monde/cryptomonnaies/avec-le-retour-de-trump-une-overdose-de-deregulation-financiere-qui-menace-les-etats-unis-et-le-monde


  1. Robert Kuttner in The American Prospect du 9 décembre 2024 : « The Trump stock market »(le marché financier de Trump)

Une réflexion sur “L’Amérique chimérique de Trump-Musk

  1. bernarddominik 19/12/2024 / 8h44

    Trump et Musk favorisent la spéculation. Quand viendra l’éclatement de cette bulle financière il y aura beaucoup de mauvaises surprises. La bourse non régulée c’est une bombe à retardement.

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