Avec les étoiles, on ne sait jamais à quoi s’en tenir.
Depuis qu’il y a un ciel et des yeux pour le regarder, elles sont réputées nous tenir lieu de repères, guider nos navigations. Mais qui nous assure qu’elles restent toujours à la même place, dans l’incessant chambardement de l’univers ?
Entre celles qui filent et celles qui, attendant leur tour, ne demanderaient pas mieux, difficile de s’en remettre à ces lucioles qui nous adressent des signes énigmatiques (une casserole ? une charrette ? une grande ourse ?). Suivre aveuglément un objet dérivant revient à s’en remettre à aussi perdu que soi.
On s’imagine communément le registre d’état civil stellaire comme immuable, alors que c’est le contraire : à le regarder avec les lunettes adaptées, on s’aperçoit que les colonnes natalité et mortalité s’agitent frénétiquement, l’astronome peinant à établir une comptabilité fiable, les yeux bouffis de sommeil.
On peut toujours tenter de leur attribuer des noms (HR 2061, 38G Puppis…), dresser des catalogues, on ne sait au final pas grand-chose de leurs vies, si ce n’est que seules les plus brillantes tirent leur épingle du jeu, éclipsant les plus modestes, condamnées à éclairer des coins perdus des galaxies, où aucun regard ne s’égare. Établir nos trajectoires sur la base de points incertains, de lumières peut-être éteintes depuis belle lurette, me semble quand même incertain.
Par convention, l’étoile est représentée par une explosion en train de se produire, s’autodispersant aux quatre coins de l’espace. Ce portrait contient certes sa fin à venir, qu’elle nous divulgâche sans mystère. Mais comment une explosion peut-elle rester figée dans son mouvement pour l’éternité ?
À moins que l’étoile ne soit qu’explosion, de sa naissance à sa mort, pure énergie dépensée sans compter, et que ce soit seulement après que la poussière est retombée qu’elle disparaît des radars.
Tony Durand. Recueil : « Tu risques l’étoile ». Éd. Eres