Fonctionnaires-fonctionnaires !

L’antienne contre les fonctionnaires n’est pas nouvelle.

Cette charge politique, médiatique a pris naissance dans le milieu des années 1980.

La Présidence de Ronald Reagan aux États-Unis et la période du gouvernement de Mme Thatcher, Première ministre du Royaume-Uni, ont marqué les esprits et porté un discours de mise au ban des fonctionnaires. Des économistes les ont accompagnés dans leurs politiques pour faire en sorte que la puissance publique s’efface pour laisser le libre commerce se faire sans entraves.
Dans la même temporalité, le marché unique est créé le 1ᵉʳ janvier 1993. L’Union européenne entre dans une autre époque politique et économique. Le fonctionnariat de l’Union va pouvoir s’étendre pour accompagner les décisions économiques. Fonctionnaires, à Paris, non mais à Bruxelles, oui !

En ce qui concerne notre pays, particulier à la suite de son histoire par la place qu’occupe l’État dans de nombreux domaines et la spécificité de notre régime de protection sociale, la mise en question du nombre de fonctionnaires revient à intervalles réguliers.
Suivant le rapport de forces avec l’opinion, avec les fonctionnaires et les opportunités politiques, la question est posée. Chaque fois, le discrédit, le rabot budgétaire, permettent de diminuer le maillage sur le territoire des trois fonctions publiques (État, Territoires, Hospitalière).
Ainsi, leurs efficiences s’amoindrissent et le secteur privé s’étend, se renforce, se notabilise, s’enrichit au détriment du secteur public. Ce secteur s’est constitué grâce aux impôts de toutes les personnes physiques et morales de ce pays depuis des décennies ? C’est notre bien commun. Il permet d’atténuer les injustices sociales et parfois de les combattre avec succès. Il faut que la continuité du service public soit respectée et effective.
Ce ne doit pas être un slogan à utiliser pour stigmatiser les agents du service public quand ils font grève. On se garde bien de procéder de la même manière lorsque les agriculteurs, les pêcheurs défendent avec juste raison leurs professions !

De plus, d’année en année, le secteur public se voit perdre ses statuts par des textes réglementaires ou législatifs qui le rendent moins attractifs et des traitements (salaires) de plus en plus dévalorisant. On s’assèche, on l’amoindrit. D’aucuns disent que notre fonction publique est à « l’os ».

Les femmes ont une place importante ainsi que les vacataires. L’égalité salariale est de plus en plus mise en cause. Ainsi, on fait des discours sur cette fameuse égalité salariale et on détricote le secteur statutaire dans lequel on s’évertue à la réaliser avec peine !

C’est donc un enjeu politique important. Mais pas seulement, car on constate que le coût pour le Citoyen est infiniment plus élevé in fine quand le secteur privé s’empare des services ou des prestations de la vie quotidienne.
Il est aussi reconnu par les acteurs des secteurs privés que « les parts de marché » les moins rentables se doivent de rester au secteur public. Ces acteurs économiques n’ont pas vocation à prendre en charge la misère du monde ! L’entreprise citoyenne a ses limites.

D’autre part, la corruption se répand quand les garants de la puissance publique sont dépourvus de moyens, vilipendés par leurs autorités de tutelle ou invités à démissionner.

  • Quand la concurrence du secteur public a disparu, le Citoyen redécouvre la vertu de cette fonction publique !
  • Que devient l’École de la République, que devient une justice impuissante, des services de sûreté (police, gendarmerie) sous le feu des malfrats, des voyous en cols blancs ou pas !
  • Que devient notre agriculture, notre industrie en l’absence de soutien sérieux et pérenne de la puissance publique ?
  • Pourquoi parle-t-on des « territoires perdus de la République « ?
  • Qu’est ce qu’une armée réduite à défiler sur les champs Élysées ?
  • Quelles recherches peut-on mener quand nos universités et les laboratoires courent les subventions et les sponsors ?
  • Que devient la spécificité culturelle de la France ?
  • Certains veulent donner raison à des propos du style : la France est le bronze-cul de l’Europe, voire du monde. Non merci.

La vraie question est le périmètre d’intervention de la puissance publique dans ce pays ?

Comment l’État régalien peut-il fonctionner avec des fonctionnaires moins performants, moins motivés, maltraités et discrédités par leur propre ministre ? Comment les collectivités territoriales peuvent-elles répondre aux transferts de charges et de fonctions que l’État (le Gouvernement) leur assigne sans les dotations budgétaires afférentes. Comment faire face à ces obligations et aux besoins de nos populations en partie vieillissantes en termes d’hospitalisations, de cultures, d’éducations, de sécurités, de loisirs, d’emplois, de précarités, besoins médicaux, de réseaux routiers, etc. Sans personnels qualifiés ? Sans personnels motivés ?  Cessons de faire semblant que c’est toujours avec moins que l’on fait mieux.

Les personnes, qui nous gouvernent, ont le sens des responsabilités et peuplent leurs cabinets ministériels de personnes bien rémunérées, avec plan de carrières, et avantages divers et variés qui siéent à des gens de qualité ! Il en est de même pour les dirigeants de grandes entreprises ! D’où le mélange des genres. Le pantouflage se fait dans les deux sens.

Posons les vraies questions :

  • Quelle est la répartition que la société française veut entre le secteur public, le secteur privé, le tiers secteur ?
  • Le tiers secteur est défini comme celui de l’économie sociale et solidaire.
  • En fait, que veut-on que la France devienne ? De quelle souveraineté parle-t-on ?

À chacun et à chacune de se poser la question !


RBLAPLUME 


3 réflexions sur “Fonctionnaires-fonctionnaires !

  1. bernarddominik 08/10/2024 / 17h47

    La question n’est pas sur les fonctionnaires en tant que tels mais du coût de l’administration: qq exemples les communes n’ont plus la responsabilité de l’urbanisme et de la voirie, pourtant ces services passés à l’agglomération n’ont pas donné lieu au transfert du personnel. Du coup la métropole a embauché et on se retrouve avec des doublons. Autre exemple les guichets du trésor public ont disparu, mais pas le personnel. Un dernier exemple nous saisissons nous même sur internet un tas de documents administratifs (impôts cartes grises paiements etc) les dizaines de milliers d’encodeurs et d’encodeuses auraient du diminuer le nombre de fonctionnaires, que neni. Le vrai problème est que l’état français coûte nettement plus cher que tous les autres états de l’ocde avec souvent un service rendu moindre. Il faut regarder la réalité en face, les français payent plus de la moitié des revenus de France à l’état, et pourtant la sécurité sociale est en déficit de 2% le régime de retraite général de 0,3% et la gouvernance de 40%. Quant au régime agirc-arco il est à l’équilibre (un peu mieux même) ce qui montre que les syndicats sont plus cohérents quand il s’agit de leur responsabilité.

  2. Danielle ROLLAT 08/10/2024 / 18h03

    Merci de remettre les pendules à l’heure…

  3. bernarddominik 09/10/2024 / 8h12

    Je rajouterai un détail: j’ai rempli un dossier de subvention pour la région paca. Le fonctionnaire ne s’est pas rendu compte que le scandale de ma CNI était sur 2 pages (recto verso) et me réclame le verso, quant à la facture il est écrit dessus « acquitée  » avec la référence du paiement et il me demande la facture acquitée. Ce fonctionnaires est il fainéant ou incompétent ? Mais ces problèmes sont systématiques et rendent la paperasse insupportable en France. De plus pour une SCI il confond kbis et statuts!

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