Sur la route de l’hôtel Maquignon

Le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, s’est toujours rêvé tout en haut
de l’affiche. En attendant, il se verrait bien cohabiter avec Macron…

Depuis quelques semaines, les appels montent du pays profond.

Un certain Gérald D., se disant ministre de l’Intérieur chargé des affaires courantes, s’extasie en évoquant « un homme politique avec une très grande compétence, qui peut servir grandement la France ».
Sa collègue Aurore B. vante l’« expérience du gouvernement, du Parlement, du compromis » du même homme politique.
Valérie P., la patronne de la région Ile-de-France, a lâché cette confidence : « Si j’avais été élue présidente de la République, j’aurais sans doute choisi Xavier Bertrand (comme Premier ministre) ».
L’ex-petit assureur de Flavy-le-Martel (Aisne) est devenu le nouveau talisman de ceux qui veulent éviter de voir Lucie Castets s’installer à Matignon. Reste à convaincre Emmanuel Macron que c’est la bonne carte à jouer. « Un président ne nomme jamais celui que les médias ont choisi, sauf si c’est pour le tuer », réplique le sarkozyste Brice Hortefeux, qui garde une solide inimitié envers Bertrand.
Entre le président de la France et celui des Hauts-de-France, les relations n’ont jamais été simples : depuis sept ans, ce n’est qu’une longue suite de passes d’armes et de rendez-vous manqués.

En 2017, l’ancien député de l’Aisne n’était pourtant pas passé loin de Matignon.
Macron l’avait confié à la presse régionale entre les deux tours : il rêvait d’« une majorité qui aille de Xavier Bertrand à Jean-Yves Le Drian ».
Las ! Bertrand, qui a sa fierté, n’avait pas donné suite quand il avait vu que Macron ne prenait pas la peine de l’appeler lui-même pour sonder ses intentions : il avait alors délégué cette tâche au secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler…

Une bienveillance bien négociée

« Mais qu’est-ce que tu me reproches ? »…
lui avait demandé Macron quelques mois plus tard. Le « ruissellement », les « premiers de cordée », « nous n’avons pas la même vision de la société », avait méchamment répliqué celui qui s’autoproclame « gaulliste social ». Et de donner dans la foulée ce petit conseil au jeunot de l’Élysée : « Un président de la République doit d’abord rassembler. Surtout s’il a été élu face au FN. »

Ah, le parti lepéniste ! Pas une rencontre avec Bertrand, pas une interview sans qu’il rappelle qu’il a battu Marine Le Pen et ses amis aux régionales dans les Hauts-de-France. La première fois, en 2015, ce fut grâce au retrait des listes de gauche.
Le nouveau président de région avait su renvoyer l’ascenseur, en consultant régulièrement les responsables régionaux du PS. Ce qui lui vaut, veut croire un macroniste du Nord, une certaine « bienveillance » de ce côté de l’échiquier. Voilà qui pourrait être précieux.

Pour accéder à Matignon, Xavier Bertrand va devoir aussi surmonter les réticences et les rivalités de sa famille politique. Une vraie gageure. Après son entrée au gouvernement, en 2008, le sarkozyste Yves Jégo avait confié sa « grande surprise de découvrir le nombre d’ennemis que [Xavier Bertrand] y comptait ».

Un an plus tard, l’ancien ministre Jean-François Copé avait suggéré à Sarkozy de « faire un double des clés » avant de propulser son ministre du Travail à la tête du parti présidentiel. Ses allers-retours (quittant LR puis rejoignant de nouveau le parti), ses palinodies sur la primaire pour la présidentielle de 2022 (quand il jurait qu’il ne s’y soumettrait jamais avant de s’y résoudre) n’ont pas arrangé l’image de Bertrand auprès de ses pairs.

Petites détestations entre amis

La dissolution a changé la donne. « Si on me propose Matignon, il faut que j’y aille », a-t-il récemment confié à l’un de ses proches. Au moins est-il maintenant connu : on ne le confondra plus, comme à ses débuts ministériels, avec Léon Bertrand, à ce moment-là secrétaire d’État au Tourisme.
On ne prendra plus sa silhouette trapue pour celle de son garde du corps, comme lors de cette rencontre, en 2006, avec des lecteurs du « Parisien ».
D’ailleurs, Xavier Bertrand s’est déjà autoproclamé Premier ministre.

Certes, c’était il y a seize ans et pour quelques minutes seulement. Plus précisément le 15 avril 2008. Ce jour-là, François Fillon devait présider un comité ministériel à Matignon. Mais, de retour d’un voyage au Japon, le chef du gouvernement s’était senti fatigué et avait annulé sa participation.
Bertrand, ministre du Travail, avait pris les choses en main : « Les journalistes nous attendent dans la cour. Je demande que la réunion soit maintenue. Je suis prêt à la présider. » Il est vrai qu’à cette époque ce grand modeste cultivait une certaine dose d’autodérision. « Si ma carrière connaît une telle accélération, c’est que le niveau baisse », avait-il alors lâché.

On devrait bientôt savoir si la phrase reste d’actualité.


Bruno Dive. Le Canard enchaîné. 14/08/2024


Une réflexion sur “Sur la route de l’hôtel Maquignon

  1. bernarddominik 23/08/2024 / 17h25

    Attal et Wauquiez annoncent qu’ils voteront la censure contre tout gouvernement ayant des ministres LFI, mais silence sur des ministres RN.

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