Calimero se rebiffe

Le Premier ministre démissionnaire, qui n’a pas digéré la dissolution, est pressé de quitter son poste. Et surtout la compagnie de Macron, qu’il ne supporte plus…

L’Élysée, on l’a d’abord surnommé « TPMG », comme « Tout pour ma gueule ». Puis, après la dissolution, ce fut « Calimero », tant le Premier ministre montrait, par un visage ostensiblement fermé, sa désapprobation et se posait en victime d’un mauvais coup.
« J’ai pris un autobus dans la figure avec sa dissolution préparée dans mon dos avec certains de mes ministres », se plaint-il aujourd’hui. Gabriel Attal est resté muet dans les heures qui ont suivi l’annonce du chef de l’Etat.

Un silence inhabituel, car le jeunot de 35 ans a derrière lui une carrière de porte-parole — du parti, d’abord, puis du gouvernement, et toujours de lui-même. Il a brillé avant tout par son faire-savoir partout où il est passé — rarement plus de six mois au même poste, mais tout de même près de deux ans dans ses fonctions de porte-parole de l’équipe Castex. « Nous savions que c’était un bon communicant, concède-t-on à l’Elysée, avant de balancer cette vacherie : mais ce n’était pas quelqu’un qui était habitué aux affaires de l’État. »

Passé les premières heures de sidération, Attal s’est vite ressaisi.
Lui qui expliquait, deux semaines auparavant, que, « le défi d’un Premier ministre, c’est de conjuguer la gestion des crises et la projection sur le temps long » (« La Tribune Dimanche », 26/5), s’est retrouvé scotché au temps court avec la fin de son bail à Matignon et à gérer la mégacrise provoquée par Macron.

La course aux médailles

Aujourd’hui, les ponts sont rompus entre les deux hommes, qui ne se parlent plus, sauf quand les exigences de leurs fonctions l’imposent. Pendant les Jeux olympiques, ils se sont soigneusement évités, tout en se poussant du coude pour prendre la pose aux côtés des champions français.
« Dès qu’il y a une médaille, il est là », grinçait Sylvain Maillard, qui a dû lui céder la présidence du groupe parlementaire.
Quand Attal et Macron se sont retrouvés, le 12 août, pour un hommage aux acteurs des JO, le premier affichait sa tête des mauvais jours. « Qu’est-ce que je fais encore là? » semblait-il se demander. Courage, Gabriel ! Plus que quelques jours à tenir…

Entre leurs conseillers res­pectifs, l’ambiance n’est pas plus chaleureuse. « On ne peut pas croiser un collaborateur de l’Elysée ou de Matignon sans qu’il se mette à flinguer l’autre maison », s’étonnait en juillet un personnage clé de la Macronie. « Attal devrait quand même faire attention, avertit un « visiteur du soir », Macron peut lui mettre des bâtons dans les roues pour 2027. »

La baston a commencé dès la nomination du nouveau venu, le 9 janvier dernier. Très vite, 1 ‘Elysée a reproché au Premier ministre sa gestion de la crise agricole, jugée laxiste. De quoi éner­ver Attal, qui s’est agacé de voir le Président interférer à tout propos dans ses décisions pendant que l’équipe de Matignon ne cessait de ruminer sur le thème « heureusement qu’on est là pour rattraper leurs bêtises ».
Celles de leurs homologues de l’Elysée, bien entendu…

Ces agaceries réciproques se sont muées en divergences stratégiques après la dissolution. Pendant la campagne des législatives, le Premier ministre a suspendu la réforme de l’assurance-chômage sans en avertir le Château. « Ça nous a d’autant plus surpris, grince un conseiller de Macron, qu’il avait passé son temps à dire combien il tenait à cette réforme… »

Trésor de naguère

Attal fait d’ailleurs tout pour ne pas pointer lui-même au chômage. Sitôt l’Assemblée élue, il s’est appliqué à retrouver du boulot. Il lui a suffi de traverser la rue qui mène de Matignon au Palais-Bourbon.

Contre l’avis de Macron, qui plaidait pour une direction collégiale et lui conseillait de prendre à l’automne la tête du parti, il s’est fait élire président du groupe parlementaire.

En réalité, décrypte un conseiller, « Attal a préféré le groupe, d’abord pour ménager Stéphane Séjourné (le patron de Renaissance) et, surtout, quand il a appris que la secrétaire générale du groupe avait fait beaucoup d’économies ».
La révélation de ce trésor de guerre de plusieurs millions d’euros a fait tiquer les députés sortants, à qui l’on avait mégoté une aide pour leur campagne.

A la fin de l’année dernière, quand tout allait bien pour Attal, alors ministre de l’Éducation nationale, un chef de parti lui prédisait : « Si tu réussis, tout te sera permis. »
L’encore Premier ministre devrait se méfier de ce genre de prédiction : ce chef de parti s’appelait Eric Ciotti.


Bruno Dive. Dessin de Kiro. Le Canard enchaîné. 21//2024


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