Un pays cadenassé

Un homme au visage émacié qui dort devant une porte close, allongé sur des cartons trempés par la pluie. Ce SDF est une star des milieux scientifiques.

Zhang Yongzhen est l’homme qui a décrypté le génome du Covid.

Le 3 janvier 2020, on apporte à ce virologue des prélèvements effectués sur un patient atteint d’une curieuse pneumonie qui frappe la ville de Wuhan.

Durant deux jours et deux nuits, il va travailler avec son équipe de chercheurs pour séquencer le génome de ce nouveau virus, rappelle « Le Monde » (13/5). C’est chose faite le 5 janvier, et, six jours plus tard, Zhang Yongzhen accepte de partager les résultats de ses travaux avec l’universi­té de Sydney, qui les diffuse au monde entier, permettant une mise au point rapide des tests de détection et, plus tard, des vaccins. Formidable solidarité, mais qui déclenche la fureur des autorités chinoises, désireuses d’imposer un black-out total sur le foyer de l’épidémie et sur la nature de la maladie.

Depuis, Zhang Yongzhen enchaîne déconvenues et vexations de la part d’un régime peu sensible à la reconnaissance scientifique qu’il a obtenue, avec des articles publiés dans la très prestigieuse revue « Nature ».

Dernière humiliation en date : ce jour du 28 avril où ce grand savant, considéré comme un héros par certains, est arrivé devant son labo de Shanghai et a trouvé porte close, son passe ayant été désactivé, de même que ceux de toute son équipe. La communauté internationale s’est émue de cette histoire, et des internautes se sont mobilisés pour le défendre.

« La docilité compte plus que la science, la politique est plus importante que la vérité, et garder la face était plus important que de préserver des vies », ironise l’un d’eux. La vie de scientifique dans la Chine de Xi Jinping, c’est encore les Chinois qui en parlent le mieux.


Article signé des initiales A.-S. M. Le Canard enchaîné. 15/05/2024


Une réflexion sur “Un pays cadenassé

  1. bernarddominik 17/05/2024 / 12h28

    C’est d’abord de la bétise: les chinois se privent d’un homme aux compétences précieuses. Mais toute dictature est déjà en soi un acte de bétise: quand un homme décide de tout pour tous, c’est la porte ouverte à toutes les erreurs

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