En lice pour un siège clé au Sénat, cette trumpiste en rajoute toujours par rapport à son grand homme, y compris sur l’avortement.
Bunny Lake a disparu », tel est le titre d’un fameux thriller d’Otto Preminger datant de 1965… Mais Kari Lake aussi a, disparu ! Cette ex-présentatrice de télé d’une filiale de Fox News, muée en pasionaria de Trump — dont elle se voit la vice-présidente —, a soudain molli sur la décision de la Cour suprême de l’Arizona, qui, le 9 avril, a remis en vigueur une loi de 1864 interdisant l’avortement, sauf en cas de danger de mort pour la mère…« Cette interdiction totale n’est pas en phase avec ce que pense aujourd’hui le peuple de cet Etat. » Et de préciser : « Je suis d’accord avec le président Trump, c’est une question si personnelle et privée. J’ai choisi la vie, mais je ne suis pas toutes les femmes. »
Désormais, comme Trump, Kari Lake en appelle à la gouverneure démocrate Katie Hobbs — qui l’a devancée de 17 117 voix il y a deux ans — pour trouver « une solution immédiate de sens commun » !
Or, quand elle était candidate pour le poste de gouverneure de l’Arizona, en 2022, Kari Lake ne jurait que par cette loi de
1864 : « Je suis incroyablement heureuse que nous ayons une grande loi, déjà existante, qui va interdire l’avortement en
Arizona. Et je pense que nous pavons le chemin pour d’autres Etats qui nous suivront » (29/6/22).

David Cook, représentant républicain modéré de l’Arizona, rappelle pour sa part : « Dans les années 1860,nous n’étions même pas un Etat. On pendait les gens qui volaient des chevaux et du bétail (…), les femmes ne pouvaient même pas voter. L’esclavage était encore légal aux Etats-Unis » (« Politico », 11/4). L’Arizona n’était alors qu’un « territoire de la Frontière », peuplé de 10 000 âmes…
Une cow-girl vengeresse
En fait, Kari Lake emboîte le pas à Trump, qui se vante d’avoir rendu possible l’arrêt de la Cour suprême de juin 2022 abolissant le droit fédéral à l’avortement. Mais qui a clamé, le 8 avril dernier, que c’était à chaque Etat de statuer… jusqu’à la décision prise en Arizona dès le lendemain, illustrant cette liberté, qu’il a aussitôt critiquée : « La Cour est allée trop loin, (…) je suis sûr que la gouverneure et tous les autres (sic) vont revenir à la raison ! »
C’est dire que Trump et ses fidèles naviguent à vue sur la question brûlante du droit à l’avortement, qui pourrait bien devenir un boulet électoral, lui aliénant le vote des femmes et des modérés d’un côté, tout en fragilisant, de l’autre, le vote de la droite chrétienne évangélique, qui en tient pour une stricte interdiction… « Ce sujet, qui devient central, pourrait transformer plus d’Etats que prévu en « champs de bataille »», prévient l’avocat aux barreaux de New York et de Paris Laurent Cohen-Tanugi.
Figure montante depuis 2020 du camp « Maga » (« Make America great again »), Kari Lake s’est d’abord fait connaître comme une furieuse denier (« dénégatrice ») de la victoire de Biden en novembre 2020, appelant à faire jeter en prison sa future adversaire Katie Hobbs, tout comme les journalistes. Elle a poussé l’imitation de Trump jusqu’à contester en justice sa propre défaite au poste de gouvemeure, accusant notamment le responsable des élections dans le comté de Maricopa d’avoir fait imprimer des bulletins illisibles par les machines de vote : elle a perdu tous ses procès…
Cela ne l’a pas empêchée, rappelle l’historien André Kasp, lors d’un meeting, il y a un mois, de dénoncer d’avance un nouveau complot electoral : les démocrates s’apprêteraient à faire « voter illégalement » des milliers de migrants clandestins. Kari bout aussi de fureur, depuis la pandémie, contre les masques et les vaccins, et a vanté les mérites de l’hydroxychloroquine… La voix de son maître !
Artiste des loopings, Kari Lake a auparavant fait un aller-retour chez les démocrates, de 2008 à 2012, dénonçant alors la circulation des armes à feu pour mieux rai, lier ensuite le puissant lobby de la National Rifle Associaetion (NRA). Dans un tweet, elle écrivait en juin dernier, : « Si vous voulez atteindre le président Trump, vous devrez passer par moi et par 75 millions d’Américains comme moi. Et je vais vous dire, la plupart d’entre nous sont des membres de la NRA. Cela n’est pas une menace. C’est une annonce de service public. »
Le flingue et le micro
Alors qu’elle avait loué le sénateur John McCain — dernière haute figure républicaine d’Arizona — au moment de sa mort, en 2018, elle l’a, post mortem, traîné dans la boue, à l’instar de Trump, s’écriant lors d’un meeting qui célébrait sa victoire à la primaire de 2022 contre l’appareil du parti : « Nous avons planté un pieu au cœur de la machine McCain ! » À présent, elle cherche l’onction du clan de John McCain, s’attirant une réponse cinglante de sa fille : « No pence, bitch ! » (« Aucune paix possible, salope ! »).
Comme le siège que vise Kari Lake est susceptible de décider de la majorité — très serrée — au Sénat, le chef des Républicains pour l’Arizona, Jeff DeWit, a tenté, en mars 2023, de dissuader cette candidate trop excessive et opportuniste de se présenter, lui promettant des avantages financiers. Or Kari Lake, qui portait un micro sur elle, a fait fuiter l’enregistrement en janvier dernier. DeWit a préféré démissionner, tout en pointant l’habitude de l’ex-journaliste d’enregistrer secrètement des conversations privées ».
Y compris avec l’ex-président milliardaire, qu’elle rencontre régulièrement.
Kari Lake, taxée d’être une « Trump en jupons », va-t-elle finir en version US de Patrick Buisson — ardent ?
David Fontaine. Le Canard enchaîné. 17/04/2024
En politique tout se paye. Les excès ne peuvent que se retourner contre le clan Trump.
Il est difficile de dire que sera élu grâce à ces turpitudes ou renvoyer dans ses foyers à cause de ces turpitudes
Toutefois, un clown fou sévit en Argentine et Fait des émules Dans d’autres pays.
Amitiés. Michel
Aux armes électorales, Citoyennes Américaines : ne vous laissez pas avoir…