La fille du train s’est arrêtée dans l’allée, à vérifier le numéro
C’est assise dans le duo en face de moi
Elle a heurté mon pied
– Pardon !
Pas grave,
Je lève la main et je tremble
Nos regards s’échangent comme nos sangs
Les lettres dansent devant mes yeux,
Mon livre pense à autre chose
La fille du train, en face de moi, me scrute de ses yeux de chat
Elle porte un manteau d’homme, à larges épaules
Ses cheveux blonds sont presque blancs
Et moi, je sens mon cœur qui flanche
Le livre glisse de mes mains.
Reprenons donc :
Emma Bovary trompe son mari, s’échappe de l’ennui,
de sa toute petite vie, et prend un amant
Et moi, je sens mon cœur qui flanche
Le livre glisse de mes mains.
Mon histoire est devant moi
Elle a un regarde puma
Je rêve d’un coup de frein
Un crissement, une catastrophe, un accident
J’aimerais enfouir ma tête entre les pans du drap de laine
J’aimerais passer mon doigt tout autour de son âme et froisser son taffetas
La fille du train tournait sa tête vers la fenêtre
Elle ignore ce qu’elle a fait de moi
Elle ne sait pas le chaud et le froid
Elle ne sait pas, que de son œil de panthère, elle a élargi la terre entière
La fille du train partira tout à l’heure, dans l’odeur de jasmin
Mon cœur à l’envers, je descendrai à mon tour sur le quai
Dans le vertige d’être devenu une autre
Sophie Carquain. Recueil : « Soutif mon amour ». Éd. La joie de lire