Inquiétude à l’est

Les autorités de la Transnistrie, région séparatiste pro-russe de Moldavie, peuplée de 469 000 personnes, en majorité russophones, viennent de demander la « protection » de Moscou.

Le « président » de la République sécessionniste, Vadim Krasnosselski, a assuré que son territoire subissait « une politique de génocide », via des pressions économiques, physiques, juridiques et linguistiques, après la récente introduction de droits de douane par la Moldavie sur ses importations.

La diplomatie russe a aussitôt assuré avoir pour priorité la « protection » des habitants de la Transnistrie. La rhétorique, inquiétante et orchestrée par Moscou selon la France, rappelle celle des sépara­tistes du Donbass, que Moscou utilisa comme prétexte, en 2014 puis en 2022, pour agresser l’Ukraine.

Non reconnue par la communauté internationale, mais indépendante de fait depuis une courte guerre civile en 1992, la Transnistrie est très proche de Moscou. Véritable musée du soviétisme, le territoire arbore toujours la faucille, le marteau, les statues de Lénine et utilise le cyrillique.

Bien sûr, il serait difficile pour la Russie d’annexer la Transnistrie. Car la Moldavie n’a pas de frontière commune avec la Russie. L’armée russe est à l’arrêt à plus de 200 kilomètres au nord, à Kherson en Ukraine. Moscou aurait donc du mal à approvisionner cette région en hommes.

Mais la Douma (le Parlement russe) pourrait reconnaître l’indépendance de la Transnistrie, pour exercer un chantage sur la Moldavie où des élections se tiendront en novembre prochain, alors que la présidente moldave, Maia Sandu, brigue un second mandat et souhaite intégrer l’Union européenne.

Comme en 2008, lorsque le président Medvedev avait fini par reconnaître l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, régions séparatistes prorusses de Géorgie…

Dans le contexte d’une possible victoire de Donald Trump à l’élection américaine, qui approche, et des conséquences que cela ne manquerait pas d’avoir sur le probable désengagement des États-Unis de l’Otan et le rapport des forces en présence dans le conflit ukrainien, cette nouvelle provocation russe alarme la Moldavie. Mais elle inquiète aussi tous les pays d’Europe qui connaissent les obsessions et les ambitions de Poutine.

C’est dans ce même contexte qu’Emmanuel Macron a rappelé que personne ne pouvait exclure qu’il y aurait un jour des troupes au sol provenant de l’Union européenne pour faire front contre les Russes. Las, la déclaration du président français a été suivie d’un concert de désaveux de la part de ceux qui croient encore à la négociation avec le despote russe, comme de ceux qui ne veulent pas mourir pour le Donbass ou Chisinau, capitale de la Moldavie, que peu savent placer sur une carte…

Au premier rang de ceux-là, Olaf Scholz. Le chancelier allemand qui, après les déclarations d’Emmanuel Macron, a boudé la conférence de presse donnée à l’issue de la réunion de soutien à l’Ukraine qui a eu lieu à Paris le 26 février. Pour déclarer depuis Berlin que l’Europe et l’Otan n’enverront « aucun soldat » en Ukraine. Et tandis que l’Europe, famille dysfonctionnelle, se déchire et étale sa faiblesse, Poutine reprend des forces…


Sara Daniel. L’Obs N°3101. 07/03/2024


Une réflexion sur “Inquiétude à l’est

  1. bernarddominik 09/03/2024 / 21h10

    Les Russes ont ils le choix? L’otan n’a pas respecté ses engagements en s’étendant à l’est. L’Ukraine n’a pas respecté les accords de Minsk. La Transnitrie est entre 2 enemis de Moscou. La France menace la Russie et à envoyé des troupes en Roumanie à la frontière moldave. Grâce à la bétise de Macron les missiles russes sont programmés pour détruire Toulon Brest et Cherbourg. On est mal partis

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