… pour Donald Trump, le boulevard ou le crépuscule ?
Les deux premiers votes ont confirmé ce que les sondages indiquaient : la position de Donald Trump dans cette primaire républicaine est puissante si ce n’est inattaquable. Dans l’Iowa, un petit État blanc rural du Midwest avec une forte proportion de chrétiens évangéliques, l’ancien président a recueilli 51 % […] Dans le New Hampshire, […] Trump a encore recueilli une majorité des suffrages (54 %), […].
Les sondages lui donnent une avance de plusieurs dizaines de points dans les votes à venir : Nevada (8 février) et Caroline du Sud (24 février). Rien ne semble pouvoir l’empêcher de décrocher une troisième investiture de suite.
- Le succès dans le New Hampshire révèle pourtant des failles en vue du vote du 5 novembre.
Si Trump arrive largement en tête parmi les républicains, il est devancé par Nikki Haley (58 % contre 39 %) parmi les indépendants, un « segment » essentiel dans cet État qui est encore considéré comme « clé » (swing state).
Parmi les électeurs qui se considèrent comme des modérés, le revers est encore plus prononcé : 72 % contre 25 %. Parmi les plus diplômés (la moitié des votants), il est également devancé : 56 % contre 42 %.
Ces quelques données confirment la contradiction centrale de Donald Trump : son socle, composé d’électeurs très à droite, plutôt peu diplômés (mais avec des revenus moyens supérieurs) et indéfectibles, rend sa victoire aux primaires quasi certaine, mais fragilise sa quête d’un second mandat lors d’un nouveau duel avec Joe Biden. […]
- Un référendum anti-Biden ?
« Même si M. Trump a inspiré une loyauté extraordinaire à la base républicaine, le parti a perdu la Chambre des représentants, le Sénat et la Maison-Blanche au cours de son mandat », rappelle Le New York Times.
Jamelle Bouie, l’un de ses chroniqueurs, va même plus loin : « M. Trump se présente essentiellement comme un président sortant. Et les résultats obtenus dans le New Hampshire prouvent que, par rapport à un président sortant typique qui se représente, il est faible. »
[…] tout le pari de la campagne de Joe Biden en 2020 est de transformer l’élection en « référendum anti-Trump ». Une stratégie gagnante puisque le démocrate a engrangé 81 millions de voix, contre 74 pour le républicain. Le président sortant jouera sans doute sur la même fibre même si cette fois, il devra aussi défendre son bilan, et notamment son soutien inconditionnel à la guerre à Gaza, qui rend furieuse la frange la plus jeune de son électorat. […]
- Malgré le rouleau compresseur Trump dans la primaire républicaine, la « revanche » de 2020 pourra-t-elle avoir lieu ?
C’est ici que la justice intervient, avec non seulement les quatre procès auxquels doit faire face le milliardaire, mais également la question brûlante de son éligibilité.
- Ce jeudi 8 février, la Cour suprême tiendra audience pour entendre les arguments des parties concernées et devrait statuer rapidement.
Selon un jugement de la Cour suprême du Colorado, le nom de l’ancien président ne peut figurer sur le bulletin de vote des primaires en raison de son rôle dans l’insurrection contre le Capitole le 6 janvier 2021, ce qui lui interdit, d’après le 14ᵉ amendement de la Constitution, de briguer une fonction élective.
- Jamais dans l’histoire un candidat à la présidence n’a été écarté d’un bulletin de vote sous cet argument constitutionnel. La composition de la plus haute instance judiciaire du pays (six juges conservateurs, dont trois nommés par Donald Trump lui-même, sur neuf) rend cependant peu probable une décision favorable au Colorado.
Christophe Deroubaix. Source (Extraits)