Qui est serein…

… à vrai dire, personne par les temps qui courent !

« L’apaisement », tel est le mantra mouliné avec insistance, mais sans trop de résultats, par Borne et Macron dans le conflit des retraites, qui n’en finit pas. En tout cas, beaucoup moins vite qu’ils ne l’espéraient.

Certes, du côté [syndical], certains laissent plus ou moins entendre que, s’ils sont invités à Matignon, ils ne jetteront pas [forcément] le carton […].

Le raz de marée du 1ᵉʳ -Mai a été [un peu] moins « historique » qu’escompté […]. Mais l’opposition à la réforme des retraites mobilise toujours en masse, la colère se maintient, la violence parasite augmente. Et « l’apaisement » espéré par l’exécutif tarde donc à se manifester. Du moins là où il est souhaité.

Car, entre les slogans de la rue, le blast des cocktails Molotov des Black Blocs, l’explosion des lacrymos et le bruit et le fracas des discours de Mélenchon pour mettre « à bas la mauvaise République » et apprendre à Macron, le 14-Juillet, le « sens du mot « insurrection » », il en est une qui joue à fond l’apaisement. C’est Marine Le Pen, qui, entre deux bouchées de suprême de poularde, a prêché le peace and love en lançant : « Chers amis, je ne cesserai jamais de vous le dire, la politique est un acte d’amour. » Si ce n’est pas de l’apaisement…

Il faut dire que l’apaisante du RN, très en retrait sur les retraites, ne s’est pas beaucoup énervée sur le sujet. Elle a, depuis le début du conflit, laissé les autres le faire à sa place. Et en a profité pour continuer de se repeindre discrètement l’image en madone d’une « paix sociale » qu’elle invoque à tout bout de discours.

Elle l’a ainsi fait en délaissant Jeanne d’Arc, préemptée d’ordinaire par le FN, puis le RN, pour le 1ᵉʳ -Mai, en choisissant Le Havre pour une « Fête de la nation ». Le Havre de paix, évidemment, pour répondre à « un chaos devenu endémique » et à un sentiment de « violence partout surgie de nulle part ». Elle a plaidé avec son dauphin Bardella en faveur d’ « un projet de redressement national pour apporter la paix sociale ». Et, pour ceux qui n’auraient pas percuté, « un retour à la paix sociale par l’autorité ». Le tout afin de lutter contre la « déconstruction sociale » de Macron, dont elle se pose toujours en première opposante.

Tandis que lui et Borne n’ont en tête que de « tourner la page » de la réforme des retraites et de « passer à la suite », elle n’a pas attendu pour le faire. La suite, pour elle, c’est la présidentielle, et le choix du Havre, ville dirigée par Edouard Philippe, qu’elle voit déjà comme son adversaire dans quatre ans, est évidemment un symbole cousu de fil bleu-blanc-rouge pour ses partisans, même si elle n’a jamais réalisé dans cette ville des scores pétaradants. L’important est de continuer de profiter au maximum d’une situation dont elle ne cesse de tirer avantage dans les sondages.

Entre ce côté apaisé qu’elle cultive déjà depuis près d’un an à l’Assemblée et ses discours sur « la nation », elle entend continuer de se montrer, comme le disent encore les sondages, « rassurante » auprès des catégories populaires. Et, même si elle ne sera, comme l’affirme Laurent Berger, « jamais l’amie des travailleurs », elle espère continuer ainsi d’en attirer plus d’un. Et ce d’autant plus facilement que ses concurrents sur ce point, de la Nupes aux Républicains, ne sont pas au mieux de leur forme pour en faire autant. Ce qui, même si l’exécutif parvient à « l’apaisement », n’est pas forcément « rassurant ».


Erik Emptaz. Le Canard enchaîné. 03/05/2023


Une réflexion sur “Qui est serein…

  1. bernarddominik 06/05/2023 / 21h00

    86% des français estiment qu’il faut changer de constitution. Un record historique. Mais la pompe à fric marche trop bien pour que les politiciens veuillent réellement changer.

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