Contre-chant

Mais, quelle étrange façon d’aimer !

À l’étouffée, sous le manteau. Ta mine sereine ne laisse rien soupçonner. Tu conjugues les élans du cœur avec les soins domestiques. L’homme qui dort à tes côtés, qui prend ton corps, auquel tu te donnes, ne devine rien des fièvres qui te consument.

Une multitude de tâches l’appellent. C’est un homme pressé. Il dort, tu rêves.

Tu fermes les yeux, où tu écris. Tu prends ton temps. Quelles que soient les occupations qui te sollicitent, tu prends le temps de ta vie intérieure. Sans doute aimerais-tu que l’on t’y suive, étreindre en un seul être la passion et la douceur conjugale. Mais, faute d’un interlocuteur, ta vie intérieure, tu la mènes seule.

Tes amants sont des amants de rêve, de nuages, et dans les faits, ils sont peu nombreux. Dès qu’ils prennent chair et os, ils te déçoivent. En quelque sorte, tu mènes une double vie, dont les niveaux se superposent : celui de l’imaginaire où poussent les fleurs de l’amour idéal, et l’autre que tu nommeras, sachant de quoi tu parles, la réalité rugueuse. Celle qui râpe, qui fait mal, et donc il faut bien s’accommoder.

Les deux niveaux glissent l’un sur l’autre, comme l’huile et l’eau, sans que tu éprouves le besoin de les faire se rejoindre. Au contraire, il se conjuguent, se compensent, te permettent de concilier l’inconciliable, la fidélité et les amours clandestines.


Danielle Bassez. Extrait : « Contre-chant ». Éd. Cheyne. Devesset (07)


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