Le prédateur du 20 heures

Il avait appelé ça « Les Rats de garde ».

Un livre que l’on a retrouvé sur nos étagères, coécrit avec Eric Zemmour et publié au début de l’année 2000. Un libelle contre la « dictature de la transparence ». « On cherche à forcer les plus beaux secrets de chacun, à étaler au grand jour ce qui par nature ne se résume pas, ne s’explique pas, ses coups de coeur, ses amours », écrivait-il en fustigeant les « perceurs de coffre-fort ».

Vingt-deux ans après, le coffre est percé, et Patrick Poivre d’Arvor n’est plus un secret pour personne. Tous les clichés sont tombés. Le présentateur du 20 heures n’était ni le gendre idéal, ni un romantique, ni un amoureux de l’amour, juste « un prédateur sexuel », raconte Hélène Devynck.

Sa démonstration, dans un livre limpide et glaçant, tout en colère trop longtemps retenue, est sans appel.

Le présentateur usait la plupart du temps du même mode opératoire : inviter une jeune femme dans les coulisses du 20 heures, lui proposer de passer dans son bureau après le journal et, là, sans séduction, ni préliminaires, ni consentement, profiter d’elle. 90 femmes ont témoigné contre lui, 23 ont porté plainte, dont 8 pour viol. « Ces témoignages sont des preuves », a dit l’officier de police qui a recueilli les dépositions.

Devynck, qui rédigeait le 20 heures de Poivre sur TF1 avant de rejoindre LCI, après son viol, donne la parole aux victimes. Une sororité s’est créée entre elles dans l’adversité, face à cette justice qui prétexte la prescription pour classer sans suite et ne pas pousser plus loin.

Elles sont solidaires face à la honte d’avoir subi et d’avoir dû se taire, car, contre le vedettariat, on ne peut rien. « Plus l’homme est célèbre, plus le bulldozer à étouffer la parole est lourd et puissant », résume l’autrice.

L’impunité, la faute à qui ? « Le rituel du plateau du 20 heures était connu de tout Paris », assure-t-elle. Donc tout le monde, la direction de TF1 en tête, a laissé faire, rendu aveugle et sourd par le vedettariat. PPDA a porté plainte pour dénonciation calomnieuse contre 16 femmes. Selon lui, leurs témoignages seraient dus à l’aigreur d’avoir été « éconduites ou ignorées ».

Une totale inversion des valeurs, dit Devynck. Après ce livre, PPDA pourra-t-il encore abuser de la prescription ?


Article signé des initiales J.-M. Th. Le Canard Enchainé 28/10/2022


Une réflexion sur “Le prédateur du 20 heures

  1. bernarddominik 02/10/2022 / 08:24

    Le pouvoir transforme t il en monstre?

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