Prendre une bitture

Expression

Il est vrai que les matelots moulés dans leur bleu et blanc prennent, dès qu’ils sont descendus sur le « plancher des vaches », de fameuses bittures ! Le mot vient d’eux. (Et non du peuple des Bituriges installé en Gaule il y a vraiment trop longtemps ! La locution Hic bibitur — Ici on boit — que cite Rabelais est également hors de cause.)

Une bitte, du scandinave biti : « poutre sur un navire », désigne cette sorte de billot fixé au pont sur lequel les cordes sont enroulées, particulièrement le câble qui retient l’ancre. (C’est, en passant, la racine du verbe débiter : découper en bittes, en tronçons, et de là vendre au détail.) La bitture est, d’une façon précise, la « portion de câble qu’on devait filer en mouillant, et qui était élonguée sur le pont, sur l’arrière des bittes […] Disposer ainsi le câble s’appelait prendre la bitture » (Larousse). Prendre une bonne bitture c’est « prendre une longueur de câble suffisant ».

Cette idée de mesure, de « dosage », associée peut-être à la notion de « mouillage », a fait qu’en langage de bord une bonne bitture est aussi une forte dose d’alcool, voire un repas copieux — avec toutes les conséquences que l’on sait…


Claude Duneton. « La puce à l’oreille » 


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