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L'été a pris congé, dans un râle profond,
Dernière bouffée d'air tiède, aux accents de l'orage.
Mille pinceaux incendiaires caressent de leurs tons,
Les feuilles agonisant sur les branches des arbres.
 
Le rouge n'habite que très peu nos paysages,
Quelques fruits d'églantiers dispersés çà et là.
Les roux essaient parfois, d'au moins donner le change,
Mais jamais une courge ne sera plat de roi.
 
Les couleurs opulentes sont pour les pays chauds,
 Les îles sous le vent, aux saveurs écarlates.
Chez nous, le simple dit, sans éclat et sans mot,
La discrétion du peintre à travers sa palette.
 
L'automne a vu le soir à la fin de septembre,
Accouché par le ventre rebondi et tendu,
D'une lune d'équinoxe à la robe gris ambre,
Reflétant la bascule d'un astre vers la nue.
 
Témoin de la renverse, accrochée à sa mère,
Le corps galbé d'une poire à silhouette de femme,
Balance dans le vide, ses envies de grand air,
Et sa peur de devoir passer du rire aux larmes.
 
Que ne puis-je m'enfoncer dans cette terre sourde !
 Jusqu'à m'enraciner dans l'humus brun et acre.
Devenir arbre à fruit, risquer le coup de foudre,
Spectateur éperdu des cycles du miracle.
 
Découvrir le vivant, dans toutes ses cachettes,
Un lâcher de nuages, le sacre des moissons.
Saluer sobrement d'un hochement de tête,
L'envol d'un martinet, avant sa migration.
 
Le regarder monté, vers la pointe des cimes,
Pour s'évanouir enfin, par-delà les futaies.
En sachant qu'un départ n'est au plus qu'une rime,
Du ballet incessant, des descentes, des montées.
 
Le ressac lancinant d'une marée intérieure,
Qui nous pousse à agir avant de nous figer.
Nous reprend dans son flux pour qu'explosent les fleurs,
Que s'élance la Vie vers l'infinie beauté.
 
« Que les yeux puissent voir, que les oreilles entendent »,
L'inaudible murmure, l'invisible voilée...
Si je sais qu'elle est là et si mes mains en tremble,
C'est parce qu'à l'instant, une fois encore, elle m'a respiré.

Poète Ardéchois – Loïc Lacam – Recueil « La Vallée oubliée »