… oui, il fallait bien que ça sorte un jour…
De souvenir, je n’ai jamais eu de ballon rouge, pas plus entendu de « je t’aime » durant mon enfance. La cause revient à des parents incapables de tendresse. L’un fuyant le foyer, cherchant des distractions hors la maison, l’autre ayant grandi, ballottée entre des belles-mères et les institutions catholiques, puis abandonnée mariée, à son sort de femme servante, incapable d’être maternelle, a cause d’un manque flagrant d’exemple.
Dans cette atmosphère distante, chaque jour se faisait l’écho morne des précédents, me perdant dans des pensées bercées par des rêves d’affection pourtant inaccessibles auprès des géniteurs et que je trouvais, lorsqu’elle ne travaillait pas, ce qui était rare, auprès de ma grand-mère paternelle, Louise.
L’absence de câlins remplacés par des silences écrasants où chaque regard échangé avec mes parents révélait leur propre malheur, l’obligation qu’ils eurent de former un couple pour « réparer une erreur de jeunesse », moi, voilà qui a détruit du même coup tous les trop rares moments authentiques de partage familial.
Aujourd’hui encore, mes enfants s’étonnent de me voir incapable de prononcer ces mots d’amour filiaux, tout comme jugeant déplacé de les prendre dans mes bras, voilà qui restera à jamais mon douloureux fardeau.
Dans ces rares moments où la tendresse devrait exploser par des mots simples et des gestes pleins de chaleur, je me retrouve face à un vide insupportable, un malaise lancinant. Combien de fois ai-je brûlé d’envie de partager des instants authentiques et sincères, de submerger mes enfants et ma femme de douceur, tout en leur transmettant cet amour inconditionnel qui me ronge, cet amour que j’arrives parfois à coucher sur papier, des phrases cachées dans d’étranges missives le plus souvent énigmatique, j’en ai conscience.
Le poids écrasant de cette incapacité me ronge, et je ne peux m’empêcher de penser à ces occasions perdues, ces moments précieux qui ne reviendront jamais. « Il faut du temps au temps » disent les sages, mais qui a le temps de perdre les précieuses années qui s’étiolent ?
Michel
Effectivement, nous sommes façonnés par notre ascendance et notre parcours de vie, il est bon d’en prendre conscience (avec le temps qui prend son temps) et cela peut faire bouger un peu les choses…