Des premières années de ma plus tendre enfance, en pleine guerre de 40, il est vrai, que je n’ai aucun souvenir, aucun flash d’une quelconque célébration de Noël.
Lors de mon entrée à la grande école, à six ans, entre enfants, était évoquée cette fête synonyme d’un miraculeux cadeau apporté par la cheminée par un bonhomme à barbe blanche et manteau rouge et même que, parfois, il y avait plusieurs cadeaux, selon quelques camarades.
Dans ma famille, Noël n’était pas « honoré ».
C’est comme ça que, suite à la question « pourquoi les autres ont des cadeaux et pas moi ». J’appris que pour la famille, le 25 décembre n’existait pas. Fermer le ban.
La raison évoquée de l’éviction du rite de cette journée festive et des présents m’a été donnée lors de mon adolescence.
Ainsi le présent cadeau annuel était distribué la veille ou le jour de l’An.
Le présent eut pendant une dizaine d’années, la forme d’une orange due aux difficultés et restrictions d’approvisionnement d’après-guerre, le tout couplé avec des rentrées financières minimalistes.
En septembre 45 naquit mon frère.
A la suite de cette naissance, les parents me proposèrent chaque année une petite liste dans lequel je devais choisir, « le » cadeau du « nouvel an ».
Il y eut un tricycle avec une selle et un guidon en bois, que le père avait en cachette réalisé, faute de moyens pour s’en procurer un du commerce, que je devais partager avec mon frère. Il y eut trois marionnettes personnages de guignol et un fronton, lui aussi fabriqué très artisanalement, permettant de « jouer les guignolades », des situations inventées pour les copains de la cour, invités très exceptionnellement pour l’occasion. Il y eut un mini projecteur (un modèle pour enfant fonctionnant avec une manivelle et dont la lumière était assurée par une pile) et un extrait du film « Jour de fêtes », celui où Tati (le réalisateur et comédien, pas le fripier du 18ᵉ) entend oblitérer les enveloppes à l’arrière d’un camion. Il y eut une cithare à l’époque de la musique du film « Le 3e homme ». Il y eut un mini microscope et des « mini plaques de verre d’analyse » et quelques flacons « d’études », mais pas de notice d’emploi. Il y eut un train électrique avec une loco et un wagon de voyageurs et un de marchandise qui tournait sans cesse en rond et qu’il fallait démonter le soir venu. L’appartement, trop petit en ce temps-là, était composé de deux pièces, une mini cuisine et un coin rétréci débarras toilette… ce sont là tous les souvenirs des présents reçus aux moments des fêtes.
Il est évident qu’étant marié et avec des enfants, la question des « cadeaux pour Noël » se pose.
Revient alors, l’interrogation ayant déterminé l’occultation de cette fête.
Élevée dans des institutions catholiques notre mère repoussait « toute cette clique catho » disait-elle, affirmant que les sœurs de ces institutions dans lesquelles elle fut trimbalée — ses filles de dieu et de l’Église — avaient été des tortionnaires, le tout combiné avec sa vie d’enfant et d’adolescente composée par les turpitudes volages d’un père et la domination de quelques belles-mères.
Lui, que ses géniteurs eurent tardivement, est seul enfant d’une des branches de la famille, son père ex-soldat de 14-18, trois ans prisonnier, libéré tardivement de camp de concentrations, sa mère qui par mal nutrition durant « la Grande Guerre », le travail dans des conditions précaires comme ouvrière en usine d’armements, dans le cadre des efforts de guerre, lui fit contracter la tuberculose qui sera traitée en sanatorium entre 19 et 20, a berk plage,
En raison des évènements, le couple Louise-Marcel, mon grand-père (disparu trop tôt en 41), ma grand-mère Louise ne put procréer que la trentaine largement passée. Naquit Émile en sept 21, un enfant choyé, dorloté, gâté ce qui le rendra taiseux solitaire, un enfant de vieux, disait-il, un seul copain Robert, les autres s’entêtant à l’appeler Milou diminutif qu’il exécrait, sans aucun doute la raison qu’il n’employa jamais de prénoms raccourcis ni pour sa femme ni ses enfants, ses amis ou quiconque et exigeait que ce choix soit respecté. Une recommandation que je m’applique encore aujourd’hui à respecter.
Avec le copain-ami Robert, ils participeront à l’exode de 40, en fuyant Paris à vélo parcourant plus de 300 Km pour rejoindre St Benoit-Du Sault, Indre, une petite communauté composée de son père, sa mère, Thérèse une cousine qui oubliant son mari soldat prisonnier en Allemagne n’aurait pas négligée quelques flirts, A. Peron, l’ami de captivité en 14-18 de mon grand-père, sa femme, sa fille Madeleine et une demoiselle, Jacqueline, récemment sortie d’une institution religieuse. La demoiselle apprenant à « fauter » avec un « beau jeune homme » reviendra mère de cet exode et je naquis en avril 41.
Cet ami Robert qu’il négligera un certain temps au retour d’exode, avant de s’apercevoir qu’il possédait une boutique de chaussures au Raincy. En ces temps de restrictions diverses, entre 45 et 50, trouver des chaussures dignes de ce nom, pas des godillots à la semelle de bois, fut le réel objet de leur rencontre, rencontre qui restera sans lendemain, l’ami devenu aisé possédant une voiture neuve qu’il eut l’outrecuidance de faire essayer en ce jour de froidure après un repas de qualité et abondant, comme la famille ne connaissait pas faute de moyens pécuniers.
Ce grand-père Marcel, adepte de l’idéologie proposée par le programme de l’international socialisme, contenait une aversion envers tous cultes annihilant la pensée personnelle. Ce fils, Émile, assumant la transition de pensée de son père, refusera très longtemps l’idée de « fêter » Noël, d’idolâtrer un culte « l’opium du peuple » et d’une histoire qui, disait-il, était une pure invention et, comme pour conforter ses dires, citait les autres cultes ne faisant pas état de ce jour de naissance à Bethléem, il y a plus de 2000 ans, de la venue d’un envoyé de Dieu et enfin, affirmait son affirmation en citant tous ces cultes, refusant de s’entendre, culte qui rend servile de nombreux humains, d’accepter de suer leurs peines de leurs vivants tout en leur faisant croire à un lendemain meilleur dans l’au-delà.
Bonnes fêtes de fin d’année à tous.
Michel