Affaiblie par une crise économique sévère, un soulèvement politique et les frappes d’Israël sur ses affidés au Proche-Orient, la République islamique a pris le risque de mettre en danger son régime en frappant l’Etat hébreu à deux reprises
Souvenons-nous, au moment du 7 octobre 2023, l’Iran menait le jeu dans la région. En lançant une offensive dans le nord d’Israël par le biais du Hezbollah, en déstabilisant le commerce maritime mondial grâce aux actions pirates des Houthis, le régime des mollahs était un acteur important et redouté du Moyen-Orient.
Un an plus tard, la République islamique, qui a subi une série de revers, militaires et symboliques, se retrouve humiliée : en tuant le chef politique du Hamas, Ismail Haniyeh, au coeur du dispositif sécuritaire de Téhéran, en anéantissant l’état-major du Hezbollah, notamment par une opération de piratage électronique sans précédent, Israël a fait la démonstration qu’il avait infiltré les services de renseignement iraniens.
Le piège dans lequel Téhéran pensait avoir entraîné Israël s’est retourné contre lui, d’autant que la colère gronde chez ses affidés dans la région : Hamas, Hezbollah, Houthis… Et si l’Iran n’était finalement qu’un tigre de papier, qui va négocier à Washington la levée des sanctions qui lui sont imposées pendant que ses « proxys » sont frappés dans leur chair ?
La disparition de deux figures de proue de l’axe iranien, Ismail Haniyeh, chef politique du Hamas, et Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, a provoqué un tournant majeur dans l’affrontement entre Israël et ses ennemis régionaux.
Le 27 septembre, Nasrallah, le cerveau des opérations du Hezbollah depuis plus de trente ans, a été éliminé lors d’une frappe israélienne minutieusement préparée. Ce coup porté au coeur de l’organisation chiite libanaise, qui jouait un rôle clé au Liban, mais aussi dans l’ensemble du réseau pro-iranien – lequel s’étend sur la Syrie, l’Irak et le Yémen -, est intervenu dans un contexte de pressions croissantes sur l’Iran, et marque son affaiblissement stratégique dans la région.
L’élimination de Nasrallah, figure centrale, a créé une opportunité inédite qu’Israël entend saisir pour porter des frappes encore plus dévastatrices sur les infrastructures militaires et les réseaux d’influence de l’Iran au Proche-Orient.
Comme à Gaza, avec ces bombes lâchées sur les centres de communication, les tunnels stratégiques et les dépôts d’armes du Hezbollah, Israël montre qu’il ne veut plus seulement affaiblir ses ennemis par des opérations ponctuelles, comme il l’a fait par le passé, mais tente de neutraliser leurs capacités offensives.
En quelques jours, près dei 600 cibles ont été atteintes au Liban. Des bombes d’une tonne ont ciblé des tunnels profondément enfouis et des installations de lancement de missiles. Le Hezbollah est désormais contraint à une guerre asymétrique, désorganisée.
Chaque vendredi, au cours de la prière, les dirigeants iraniens continuent bien sûr d’appeler à la destruction d’Israël. Mais l’affaiblissement du Hezbollah, son principal allié au Proche-Orient, rend le pays plus vulnérable que jamais.
A un moment où il est déjà étranglé économiquement par les sanctions occidentales et fragilisé par la contestation populaire qui a suivi la mort de Mahsa Amini, pour un voile malajusté, il y a deux ans. D’un point de vue militaire, la supériorité d’Israël sur l’Iran et ses « proxys » est incontestable.
Fort d’une armée moderne et ultra-équipée, doté de systèmes de défense sophistiqués comme le Dôme de fer, la fronde de David, et le système Arrow, Israël a pu intercepter la majeure partie des roquettes et des missiles balistiques lancés lors des deux attaques de Téhéran, le 13 avril et le 1er octobre.
Washington, son grand allié, qui lui a envoyé une quantité massive d’armements, dont des missiles de haute précision et des équipements de défense supplémentaires, l’a également aidé à repousser ces deux attaques, en tirant une douzaine d’intercepteurs depuis des destroyers déployés dans la Méditerranée et le golfe d’Oman.
L’Iran, lui, dispose d’un stock conséquent de plusieurs milliers de roquettes et de missiles, dont le fameux engin hypersonique baptisé « Fattah » d’une portée revendiquée de près de 1500 kilomètres. Mais, à côté de cet arsenal, parfois enfoui à 500 mètres sous terre, qui est l’un des plus diversifiés et des plus importants du Moyen-Orient, le pays affiche de grosses faiblesses : il n’a pas d’aviation de chasse moderne ni de défense aérienne sophistiquée, et ses troupes ne sont que très peu entraînées.
Téhéran sait qu’il aurait tout à perdre d’un affrontement direct avec l’Etat hébreu.
Avec sa deuxième attaque du 1er octobre contre Israël, le régime des mollahs a clairement voulu causer des dégâts (il a lancé 180 missiles balistiques contre 120 lors de la première). Et la réaction d’Israël, qui multiplie déjà ses bombardements sur les fronts secondaires de la région (Liban, Syrie, Irak, Yémen), risque, elle aussi, d’être plus importante.
En avril, Tel-Aviv avait frappé la région d’Ispahan et détruit un système de défense antiaérienne et une batterie S-300. […]
Des assassinats ciblés de scientifiques du programme nucléaire – comme ceux de Mohsen Fakhrizadeh en 2020, Mostafa Ahmadi Roshan en 2012, et Massoud Ali Mohammadi en 2010 – ont également été évoqués.
Sur le plan diplomatique, Israël pourrait aussi intensifier ses efforts pour mobiliser la communauté internationale contre l’Iran, et accentuer la pression sur les Etats du Golfe, notamment le Qatar et l’Arabie saoudite, afin de limiter l’influence iranienne dans la région.
Mais l’Etat hébreu estime peut-être aussi que la neutralisation du Hezbollah, le fleuron de la couronne iranienne et l’instrument principal de sa dissuasion militaire, va finir par précipiter la chute du régime des mollahs, comme la défaite de l’Armée rouge en Afghanistan avait marqué le début de la fin du régime soviétique.
Sara Daniel. Le Nouvel Obs. N° 3133. 10/10/2024
Si l’Iran ne se mouille pas plus il sera discrédité. Mais son gros problème c’est que son aviation ne peut compter que sur la Russie, et actuellement la Russie est bien incapable de fournir ses alliés, c’est même l’Iran qui lui fournit des drones.