Tu avais tellement envie que cette chose sans nom arrive. Prends un instant. Toutes ces voix tourbillonnantes, carillonnantes qui te font la fête en plein jour, laisse-les de côté. Tu repenses à cette femme. Tu retentes « un pile ou face ».
Tu frottes cette pièce dans ta poche.
Cette fois-ci, c’est sûr, ça tombera du bon côté.
Appelle une seule fois le numéro que tu connais par cœur. Appelle une femme qui te manque. Tu prends le temps de mâcher cette injonction qui te vient d’on ne sait d’où. Attends peut-être de rentrer chez toi avant.
Dans la rue, c’est déstabilisant.
Ce n’est pas un truc d’esthète d’appeler ce numéro et on pourrait craquer. Craquer en pleine rue, je crois que tu n’en as pas envie. En sourcillant dans le noir, tu regardes à travers bois, une image au plafond est partie plus tôt que prévu.
Alors ce n’est pas dans la rue que tu vas composer le numéro.
Une place de choix est réservée dans son cœur. Est-ce que cela suffit pour te contenter ? Est-ce que cela suffit ? Allons boire une bière. C’est plus simple avec un ami.
Arthur Teboul. Recueil : « L’Adresse ». Ed. Seghers