À la mode…

« Diversité », « ressenti » ou « respect » sont des mots décidément incontournables.

Pas un événement, pas une manifestation, pas une création artistique qui ne se fassent sans leur aide. Les plus jeunes semblent y être très attachés, et il est déconseillé d’en discuter le bien-fondé en leur présence si on ne veut pas risquer de se faire taxer de vieux con ou de fasciste.

« Diversité ». Un mot fourre-tout qui ressemble à un gros carton dans lequel on balance toutes Les affaires qu’on ne sait pas classer. On prend une étiquette, on écrit « divers » et on la colle pour être averti, quand on cherchera quelque chose de précis, que ce n’est pas dans ce carton qu’on le trouvera. On écrit « divers », mais on pense « bazar » ou « bordel ».

Il y a dans le mot « diversité » une incapacité à désigner précisément les choses qui confine à La lâcheté. Faut-il en conclure que les partisans de ce mot sont effrayés à l’idée de dire la réalité des choses ? En une ou deux générations, on est passés d’un extrême à un autre : ceux qu’on qualifiait hier de « pédales » ont été transformés en « personnes de sensibilité différente », et les « nègres » en « personnes de couleur » ou « natifs ».

De la même façon, on a pris l’habitude de qualifier les personnes âgées de « seniors », pour éviter de dire « vioques » ou « vieillards ». Le concept de « diversité » semble avoir été conçu pour ne pas mettre des mots trop précis sur ce que nous ressentons, surtout quand c’est antipathique, bête et méchant.

Pourtant, le mot « ressenti » est sans arrêt invoqué par ceux-là mêmes qui se prosternent devant la diversité. « Ressenti » est l’autre mot qui structure cette « pensée qui ne veut pas dire ce qu’elle pense ». Rien ne doit heurter le « ressenti » des gens qui nous entourent. Mais comment peut-on respecter une diversité composée d’émotions, d’opinions, de mentalités si différentes et contraires les unes des autres sans qu’elles ne heurtent un jour le ressenti des personnes qui la composent ? Insoluble.

Ou plutôt hypocrite. Sur les campus américains, peut-être un peu moins sur ceux de France, qualifier les Juifs de « nazis » à l’occasion du conflit entre le Hamas et Israël ne pose pas de problème à beaucoup d’étudiants adeptes du « respect » du « ressenti ».

Désigner sans précaution un adversaire qui les dérange n’est, à leurs yeux, pas irrespectueux dès lors que cela peut le détruire. Le « ressenti » devient un enjeu géopolitique qui interdit de critiquer ce qu’on veut épargner, mais autorise à mettre une cible sur ce qu’on veut anéantir. Selon le camp qu’on a choisi, tes mots deviennent soit des armes destructrices, soit des armures protectrices.

Ce qui n’est pas très rassurant, car les conflits avec des mots précèdent souvent ceux avec des fusils. « Diversité », « ressenti », « respect » ne sont pour l’instant que des armes de dissuasion.

En invoquant bien innocemment la « diversité » pour défendre ses cheveux courts, la nouvelle Miss France n’est probablement pas consciente de ce qu’elle alimente.

Comme d’ailleurs la plupart des gens qui agitent ces termes sans en mesurer la portée.


Eito de Riss- Charlie hebdo. 20/12/2023


3 réflexions sur “À la mode…

  1. bernarddominik 27/12/2023 / 9h17

    Charlie a viré sa cutie?

    • Libres jugements 27/12/2023 / 10h24

      Non, je ne pense pas Bernard que l’ensemble de la rédaction et virer sa cuti comme tu le dis…
      Concernant le texte éditorial de Riss, je n’ai sélectionné qu’une partie de son texte et est changé le titre que j’ai jugé ne pas refléter l’analyse du texte.
      D’autre part, je m’interroge sur le fait de dénoncer mon abonnement, de plus en plus à la lecture de certains articles, leurs certitudes tant libertaires, systématiquement anticultuelles, le jusqu’au-boutisme écologique, Faisant un ensemble de textes nettement plus destinés à contester systématiquement plutôt qu’apporter des réponses.
      Maintenant que dire des dessins satiriques qui pour beaucoup se veulent d’abord outrancier-choquant, avant d’être dénonciateur-moralisateur, mais dans tous les cas Engage lecteur dans aucune forme de tolérance.
      Amitiés Michel

  2. rblaplume 27/12/2023 / 16h01

    J’ai le sentiment que le débat devient de plus en plus délicat, pour ne pas dire difficile. Les mots sont utilisés avec des connotations différenciées qui altèrent les échanges. Les nuances sont absentes car on privilégie une forme d’anathème qui disqualifie l’interlocuteur ou interlocutrice pour s’imposer. La pensée devient caricaturale tant elle est synthétisée !
    Ce n’est plus une phase d’échanges d’arguments pensés ou référencés mais une forme de combat. L’enrichissement, par l’apport de concepts ou de réflexions, n’est plus un des objectifs recherchés. C’est la mise à mort, si possible en public, de l’autre qui importe !
    Il faut revenir à la « conversation » , de l’échange, de l’altérité respectueuse en ayant quelque distance avec l’émotion et l’exposition de son ego !
    Il semble que les rumeurs du monde véhiculées par les médias pèsent sur l’intelligence et les émotions comme un accélérateur de crises, d’angoisses, de peurs dont il faut se débarrasser au plus vite. La violence devient protéiforme.
    Dans toute cette agitation, la sérénité, une forme de lenteur et une distanciation aux choses, aux évènements doivent être recherchées.

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