Baiser, fils de deux lévres closes,
Filles de deux boutons de roses,
Qui serrent et ouvrent le ris
Qui déride les plus marris ;
Baiser ambrosin que j’honore
Comme mon tout, et dont encore
Je sens en ma bouche souvent
Plus d’un jour apres le doux vent ;
Et vous, bouche de sucre pleine,
Qui m’engendrez de vostre haleine
Une odeur qui au coeur descend,
Et mille parfums y respend ;
Et vous, mes petites montagnes,
Je parle à vous, lévres compagnes,
Dont le coral naïf et franc
Cache deux rangs d’yvoire blanc ;
Je vous suppli’ n’ayez envie
D’estre homicides de ma vie :
Pour du tout tuer mon esmoy
Mille fois le jour baisez moy.
Ronsard