Le Fric de l’espace.

En juillet 2021, deux milliardaires ont touché les étoiles.

Richard Branson a fait un premier voyage dans l’espace le 11 juillet, suivi par Jeff Bezos le 20 juillet. Elon Musk doit s’envoler aussi très prochainement, en allant cette fois un peu plus loin, en orbite pendant plusieurs jours. On les décrit comme des milliardaires visionnaires, ayant la tête dans les nuages depuis leur adolescence et rêvant d’offrir la possibilité d’un voyage spatial à des millions de personnes, qui plus est pour des raisons scientifiques.

Ce sont évidemment surtout des businessmen, des rois de la communication qui, en testant leurs propres produits, en font la publicité, notamment auprès les 2 millions de clients potentiels qui seraient prêts à payer entre 250 000 et 500 000 dollars leur ticket pour passer quelques minutes dans l’espace.

D’ici à 2030, selon les estimations de la banque suisse UBS, le marché d’un tel tourisme représentera près de 3 milliards de dollars de revenus et aura une croissance annuelle supérieure à deux chiffres.

Les trois milliardaires ont bien la tête dans les étoiles, mais ne sont pas pour autant dans la lune… Branson anticipe que le futur marché du tourisme spatial se traduira par une concurrence entre une vingtaine d’entreprises pour satisfaire les clients.

En effet, plusieurs startup ont levé des centaines de millions de dollars ces dernières années pour développer ce type de tourisme durant les prochaines décennies. La vitrine offerte par les milliardaires a attiré des investisseurs, alors même qu’on est loin de la maturité financière qui accompagne normalement de telles sommes investies…

L’opération est aussi financièrement juteuse pour nos trois hommes d’affaires, dont les sociétés connaissent des capitalisations record. À titre d’exemple, Virgin Galactic, la compagnie de Branson, a une capitalisation boursière de 12 milliards de dollars, et SpaceX, celle de Musk, est évaluée à plus de 30 milliards de dollars.

Le côté « On a marché sur la Lune » de Tintin du tourisme spatial ne fait qu’ouvrir la voie à d’autres opportunités économiques.

De même qu’on a recours aux avions de ligne pour transporter des marchandises, de même les vols touristiques dans l’espace seront utilisés pour faire des images satellites commandées par des clients.

En outre, ces trois-là ont déjà pensé à l’étape d’après : Bezos et Musk veulent couvrir le ciel de satellites pour que l’ensemble de la population mondiale ait accès à Internet ; Branson veut se servir des navettes spatiales pour faire des vols long-courriers. On imagine déjà les super-riches, blasés des jets privés, utiliser leur navette de location.

Sans compter que d’autres secteurs vont être touchés par cette nouvelle industrie. Par exemple, le marché des assurances pour les voyages touristiques dans l’espace, sur lequel Allianz s’est déjà positionné depuis une dizaine d’années.

Côté business, le voyage spatial ouvre une galaxie d’opportunités inédites.

Du côté du bien commun, la question de la privatisation de l’espace se pose. Les satellites, une fois inactifs, sont comme des carcasses de voitures laissées à l’abandon, et les voyages dans l’espace sont très polluants en raison de la puissance nécessaire à l’envol.

Les pouvoirs publics devront, eux, bien garder les pieds sur terre et se saisir de ces questions avant que le tourisme spatial ne détruise la planète !


Gaspard Nicolas – Charlie Hebdo – 28/07/2021


Du côté de la population pauvre, déshérité, pas d’étoiles même pas dans le potage ! MC