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La Vallée oubliée

À une époque où les repères disparaissent avec les illusions, les espèces animales, ainsi que les lieux de solitude et d’introspection, il est précieux de pouvoir s’immerger dans une atmosphère telle que celle de la Vallée de la Bourges.

Si vous avez envie un jour de vous laisser faire par son cadre, ses montagnes et l’authenticité qui s’en dégage, prenez la route du Puy en Velay depuis Aubenas, à la sortie de Pont de la Beaume, une fois franchie l’Ardèche toute neuve à cet endroit, une route presque anonyme immédiatement à votre droite vous conduira vers la « vallée oubliée. »

En contournant l’éperon rocheux du château Médiéval de Ventadour dont la restauration se poursuit patiemment, vous amorcerez la remontée de la Fontaulière, la rivière qui rejoint l’Ardèche à ce carrefour.

Nos rivières prennent naissance et se déversent depuis le plateau Ardéchois, qui en véritable « château d’eau », donne naissance à de nombreux cours d’eau sur toute sa périphérie. Le plateau enfante même, avec une discrétion toute locale le plus long et le plus sauvage des fleuves Français, au pied de l’illustre mont Gerbier de Jonc.

C’est sur la commune de Saint Pierre de Colombier, à un croisement bien dissimulé, que se situe la confluence entre la Fontaulière et la Bourges et c’est à partir de ce point que cette vallée encaissée et brave, s’offre à vous et remonte le fil du courant jusqu’à son berceau, situé à Lachamp-Raphaël. La course de la Bourges, couvre une distance d’un peu moins de 20 km, pour un dénivelé de près de 1000 m, donnant une déclivité moyenne de 5 cm par mètre, qui traduit à elle seule les difficultés que l’on peut avoir à rester accroché à une terre.

Le plateau Ardéchois fait partie intégrante de la vallée de la Bourges, il en est l’alpha, l’origine…

Outre sa neige fondue, il y a déversé lors d’anciens épisodes volcaniques, les coulées de lave qui aujourd’hui encore constituent dans de nombreux endroits le lit et les berges de la rivière, à l’occasion d’un mariage aujourd’hui dépassionné, entre l’eau vive et le magma en fusion.

Vous ne trouverez pas en ces lieux, la facilité ou les évidences de nos trop modernes sociétés et ne vous préoccupez pas non plus d’y être accueilli avec des manières ou selon des codes… Ce lieu ne vous attend pas il n’a d’ailleurs pas besoin de vous, il vous espère par contre secrètement, comme on attend la richesse d’une rencontre signifiante.

Ou bien alors, ne venez pas ! C’est peut-être préférable?

Pour que notre vallée oubliée reste encore longtemps la belle endormie, dans l’écrin de verdure et de vie que dessinent nos montagnes, avec pour vous toutefois, le risque de ne jamais recevoir son baiser sur votre bouche. Si par contre vous percevez un léger frisson dans la nuque ou en bas du dos, un de ces impérieux signaux intérieurs que les voyageurs connaissent bien, et si vous êtes de ceux qui parviennent à lire ce qui n’est pas écrit, à recevoir la délicatesse qui transpire des détails et de la douceur du quotidien, venez vous emplir de ces lieux.

Venez passer quelques heures ou peut-être même le reste de votre existence au coeur du Parc naturel régional des Monts d’Ardèche, à Burzet ou dans un hameau encore plus discret de ce pays…

Venez-vous immerger dans le temps d’avant et dans les merveilles de simplicité et de beauté qui donnent à ce lieu resté figé dans la première moitié du XXe siècle, une authenticité rare.

Et sachez qu’à travers le renversement de polarité qui résolument se prépare, l’époque que nous traversons et le retour aux valeurs que beaucoup entreprennent, confèrent à la vallée oubliée la précieuse dimension du véritable renouveau.


Loïc Lacam. (4 Saisons d’Ardèche) Ed Bod –Books on Demand. Mars 2020


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