Rétrospective ou introspection ?

« Nous vivons bombardés d’infos »

Elisabeth Quin est la journaliste pilote depuis sept ans de  28 Minutes, excellente émission d’actualités sur Arte, mais n’aime toujours pas la télé. Elle fait le bilan de l’année de ce qu’il l’a le plus frappé en cette année 2019.

Je déteste faire des bilans de l’année écoulée, ou écroulée, comme dirait Pablo Servigne. Il y a une accélération notable du temps après 50 ans, et en ce qui me concerne je n’aime pas regarder dans le rétroviseur. Cela étant dit, de par mon métier, c’est indispensable. On ne peut pas prétendre comprendre son époque et les enjeux qui se présentent si on ne regarde pas ce qu’il s’est passé. Il faut le faire, mais ce n’est pas avec plaisir !

Je retiens de 2019 une conjonction d’événements qui forment une mosaïque, une roue dont le centre est constitué de tout ce qui a trait au climat et au dérèglement. J’ai été frappée par une cérémonie organisée par des Islandais pour un glacier qui avait intégralement fondu à cause du réchauffement climatique.

On est confrontés à un problème cognitif, qu’a relevé Jonathan Safran Foer : on sait, mais on ne croit pas ce qu’on sait. Nous vivons bombardés d’infos mais nous n’avons pas encore devant nous des éléments concrets de cet effondrement. Or, il y a d’autres personnes sous d’autres latitudes qui les voient déjà et peuvent y croire. Nous non, et nous sommes donc paralysés. Le glacier, c’est l’image de l’année.

Je garde en tête mon interview avec Cristina Cattaneo, une médecin légiste italienne qui s’est donné pour mission de rendre leur identité aux migrants qui meurent en Méditerranée afin de permettre à leurs familles de faire leur deuil. Elle est l’incarnation de la fraternité, de l’humanité, de la résilience. J’ai aussi rencontré Nastassja Martin, une jeune anthropologue qui a été très blessée par un ours en Russie extrême-orientale et en a tiré une réflexion sur la relation entre l’homme et l’animal, une espèce de diplomatie entre l’homme et le vivant.

 […]

Pour qualifier l’année, je vais emprunter le mot de Barbara Cassin de l’Académie française que j’ai vue récemment : le bordel ! Du bordel naîtra peut-être plus de démocratie à certains endroits et plus de respect des droits… Je me passe en cerveau, comme je me passerais un bonbon en bouche, une phrase de Bernanos que j’aime beaucoup : « L’espérance est un risque à courir. » Il concluait d’ailleurs par : « C’est le risque des risques. » Je suis pessimiste, mais en même temps je suis embarquée là-dedans, donc je suis mélancoliquement fataliste.


Carole Boinet. Les Inrocks. Titre original : « 2019 vue par Elisabeth Quin : “Nous vivons bombardés d’infos” ». Source (extrait)


2 réflexions sur “Rétrospective ou introspection ?

  1. jjbey 17/12/2019 / 11h36

    Témoin des incertitudes qui traversent l’esprit des citoyens français, des hésitations qui en découlent et même du fatalisme de certains. Il faut se réveiller, les exploités sont les plus nombreux. Ils doivent prendre le pouvoir.

  2. fanfan la rêveuse 18/12/2019 / 7h22

    Bonjour Michel,
    J’ai un doute qu’en à ces écrits, plus de doute depuis 2 ans, trop de manifestations sont clairement identifiables…
    « mais on ne croit pas ce qu’on sait. Nous vivons bombardés d’infos mais nous n’avons pas encore devant nous des éléments concrets de cet effondrement »

    Je dirais plutôt que nous sommes bien peu de chose face à des décideurs, des industriels, des multimillionnaires qui ne pensent qu’au profit quelque soit les conséquences !

    Voila déjà plus de 2 ans que je dis moi aussi « C’est le bordel », pardon pour cette vulgarité ! Mais il n’y a pas d’autre terme.

    Je suis aussi pessimiste, comme l’Homme est stupide, ne pensant qu’à sa personne, à ses biens… Pourtant il mourra comme tout à chacun et laissera tout…

    Bonne journée Michel !

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