Stop au consumérisme !

Jonathan Safran Foer analyse le rôle de l’élevage intensif dans le réchauffement climatique. Refusant l’inaction comme le catastrophisme, l’auteur livre […] un essai au ton aussi original que personnel.

 Préalable :

Bien évidemment le texte qui suit n’engage que son auteur ; pourtant une partie de ce qu’il avance est parfaitement recevable, encore faudrait-il ne pas combattre « que » le consumérisme, mais aussi le productivisme induit par la financiarisation mondiale. MC

  • Le réchauffement climatique et la catastrophe à venir, tout le monde en a connaissance aujourd’hui, et pourtant personne ne s’en émeut.
  • Ou plutôt, tout le monde s’en émeut, mais pas au point d’y croire vraiment.
  • Ou alors, on y croit, mais quand même pas au point d’agir.

Alors que l’on en a chacun le pouvoir : il suffit de consommer moins de viande.

Dix ans après son essai choc, Faut-il manger les animaux ?, dans lequel il dénonçait le traitement effroyable réservé aux animaux dans les élevages industriels, le romancier Jonathan Safran Foer tire à nouveau la sonnette d’alarme : l’élevage est la deuxième cause, après les combustibles fossiles, d’émissions de gaz à effets de serre, et la première en production de méthane ainsi qu’en matière déforestation. Et on continue à manger de la viande et à contribuer à la perpétuation de l’élevage massif ?[…]

Foer ne se met pas au-dessus des autres, lui aussi s’est voilé la face, lui aussi n’a pas toujours réussi à changer d’habitudes alimentaires. […]

  • Dix ans après Faut-il manger les animaux ?, pourquoi avez-vous éprouvé le besoin de revenir sur le sujet ?

Jonathan Safran Foer — En fait, […] … ce que je voulais, c’était écrire un livre sur le changement climatique et, plus particulièrement, sur ma propre bataille, […] avec moi-même. […] Depuis Faut-il manger les animaux ?, beaucoup de mes idées ont changé : je suis plus nuancé.

  • De quelle manière ?

« Faut-il manger les animaux ? » disait qu’il fallait arrêter de manger de la viande et du poisson, celui-ci dit plutôt comment et pourquoi il faut réduire notre consommation de viande. En fait, il ne traite pas que de ce que l’on mange ni du climat, mais du fait que nous sommes très bien informés et que pourtant nous n’agissons pas. Parce qu’il est difficile de changer nos habitudes.

[…] Ce que je dis dans mon livre n’est ni un mystère ni un secret, il suffit de passer cinq minutes sur Google et tout le monde peut trouver les chiffres qui prouvent que l’élevage participe majoritairement au dérèglement climatique. Il ne s’agit ni de mon opinion ni de mes idées, mais de la réalité.

Maintenant, il y a des façons différentes de réagir à cette réalité : détourner la tête, ou avoir une réaction hystérique et crier à l’apocalypse. Les deux n’ont aucun rapport avec la réalité.Mais même si on réduit notre consommation de viande, n’est-il pas déjà trop tard ?

Ça dépend de quoi on parle. Il est trop tard pour sauver les barrières de corail, ou certaines villes côtières, ou pour éviter qu’énormément de gens n’aient à migrer. Mais la notion de « sauver la planète » n’a pas de sens : on ne va pas perdre la planète. […]

100 % du réchauffement climatique depuis la révolution industrielle est dû à l’activité humaine. Il y a donc 100 % de correspondance entre ce que nous faisons et les conséquences sur le climat.

Par exemple, si on arrêtait tous de manger du bœuf, il n’y aurait plus d’incendies en Amazonie. Mais ça n’arrivera jamais. Si on réduit la viande de 50 %, on réduit de 50 % la destruction de la forêt amazonienne. Je crois que c’est la façon dont il faut en parler.

[…] La relation entre nourriture et le climat a été établie et publiée l’année dernière dans Nature : pour essayer d’atteindre l’objectif de l’Accord de Paris, il faut manger beaucoup moins de viande. Ceux qui vivent dans les villes doivent réduire leur consommation de viande de 90 % et de produits laitiers de 60 %.

L’élevage est la deuxième cause d’émission de CO2 et la première d’émission de méthane, ce qui provoque ce que l’on essaie d’éviter à tout prix : les feedback loops (boucles de rétroaction – ndlr) qui piègent la chaleur. Nous vivons dans un déficit de ressources et nous produisons trop.

On peut bien sûr produire des émissions de gaz à effet de serre, mais pas plus que ce que les arbres peuvent absorber.

Il y a un milliard d’individus dans le monde qui meurent de faim, des enfants de 5 ans qui sont affamés, alors que beaucoup de champs produisent des céréales pour nourrir les animaux. Il nous suffit juste de manger moins de produits animaliers pour inverser cela.

  • Et si on revenait à l’élevage fermier traditionnel ?

Ce serait mieux. Sauf que c’est impraticable avec sept milliards d’individus qui veulent manger de la viande deux fois par jour. Mais s’ils se mettent tous à en manger juste une fois par jour, alors ce sera possible. […]

  • […] Ne faudrait-il pas établir des règles, voire des lois, concernant la consommation de viande ?

Je ne pense pas que les gens aient envie de ça, et aucun politicien ne serait réélu avec un programme où il préconiserait, par exemple, le rationnement. Et puis regardez ce qui est arrivé chez vous, avec les émeutes des Gilets jaunes dès que Macron a voulu taxer le diesel – je ne juge pas les Gilets jaunes, car la situation était complexe et ces décisions impactaient les plus pauvres. Ici, Donald Trump va rester encore un an, et sera peut-être réélu. Alors, qu’attend-on pour agir ? Dans deux ans, on peut avoir plus de manifs, de T-shirts, de bonnes intentions et rien d’autre ; ou alors un vrai changement : peut-être qu’un plat consommé sur deux sera végétarien.

[…] Je suis bien sûr plus enclin à penser  […] [qu’] il faut arrêter le consumérisme à tout-va et vivre avec modération. Si vous dites aux gens qu’il faut tout arrêter, ils ne le feront pas. Mais s’il s’agit juste de modifier ses habitudes, il y a plus de chances pour qu’ils l’acceptent. Et après ça deviendra une forme de contagion sociale et de plus en plus de monde s’y mettra.

[…]

  • Aujourd’hui, un Américain produit combien de CO2 ?

19 tonnes par an, un Français 6, alors qu’un Bengalais en produit 0,2, mais ce n’est pas seulement parce que l’on conduit des grosses voitures et que l’on mange beaucoup de viande. Une grande partie de ces chiffres est produite par le complexe militaro-industriel. La production moyenne du citoyen mondial est de 4,5 tonnes, et il faudrait arriver à 2,1 pour atteindre l’objectif fixé par l’Accord de Paris.

  • Et si on n’y arrive pas ?

Y arriver nous promet de toutes façons un futur très effrayant, alors si ça ne se produit pas… L’eau s’élèvera de toute façon de 50 centimètres, des villes comme New York ne seront plus habitables, à part si on construit un énorme mur au bord de la mer, ce que l’on fera probablement ; on assistera à la destruction de 20 à 40 % de l’Amazonie ; la canicule de cet été sera considérée comme une température clémente, etc. Les scientifiques pensent qu’il n’y a que 5 % de chances d’atteindre cet objectif. Qu’est-ce qui arrivera si le réchauffement s’élève à 3 degrés ?

  • Ce qui est consternant, c’est que les gouvernements ne prennent aucune mesure pour parer au pire.

Ils commencent à s’y mettre. A Miami, par exemple, ils commencent à installer d’énormes pompes anti-inondation, et à élever certaines parties de la ville… Et puis, il y a assez de grain pour nourrir tout le monde sur terre, mais on s’en sert pour nourrir les animaux. De toute façon, rejeter la responsabilité sur les autres gouvernements ou pays n’est pas une façon de dealer avec le problème. Nous avons dépassé ce point.

[…]


Livre L’avenir de la planète commence dans notre assiette (L’Olivier), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marc Amfreville, 352 p., 22 €. Parution le 17 octobre


Nelly Kaprièlian. Les Inrocks. Titre original : « Jonathan Safran Foer : “Il faut arrêter le consumérisme à tout-va” » source (extrait)


4 réflexions sur “Stop au consumérisme !

  1. bernarddominik 10/10/2019 / 13h27

    Va t on interdire les légumineuses sous prétexte qu’elles font péter, et augmentent la teneur de l’air en gaz à effet de serre?

  2. jjbey 10/10/2019 / 18h00

    En pleine déconfiture, je ne sais que faire, on nous rebat les oreilles avec des « FAUT QU’ON » mais à un moment il faudra que les scientifiques montent au créneau et nous expliquent clairement ce qu’il convient de faire. Alors faisons tout pour qu’ils puissent s’exprimer librement et nous permettent de prendre une décision individuelle en connaissance de cause..

  3. Pat 10/10/2019 / 18h49

    Il y a beaucoup de cerveaux bien payés (ou pas, c’est important!) pour nous donner plein de conseils de toutes natures sur ce qu’il convient de faire pour sauver l’humanité mais peut-être faudrait-il quelqu’un pour classer les idées par ordre d’importance et avec réalisme sans quoi, toutes ces propositions sonnent comme une cacophonie et parfois divergente.

  4. fanfan la rêveuse 11/10/2019 / 7h37

    C’est un peu rapide, non !
    Je m’explique, ce sujet est l’une des causes du changement climatique, on ne peut lui attribuer toute la responsabilité.
    De plus ce monsieur donne des conseils mais semble avoir bien du mal à l’appliquer…

    Il faut nous prendre par la main et modifier totalement notre façon de vivre, de consommer afin de faire plier les industriels car si nous attendons l’état nous risquons d’attendre longtemps…
    Comment faire ? ce n’est pas compliqué de trouver les attitudes de bases, il n’est pas besoin de spécialistes :

    Adopter un repas végétarien par semaine (personnellement j’applique tout les soir)

    C’est un petit geste à la fois écologique et santé qui propose d’adopter, un jour par semaine, un menu sans viande ou poisson, mais avec beaucoup de légumes et de fruits.

    Quand on sait que 18% des émissions de gaz à effet de serre mondiales sont dues à l’élevage, soit plus que le secteur du transport et la circulation. L’élevage est également responsable de 10% de la consommation d’eau douce à cause de la production de soja et de céréales qui servent à nourrir le bétail et qui exige de grandes quantités d’eau.

    Pour cultiver assez de nourriture pour alimenter une population mondiale croissante, les pays de l’OCDE devraient diminuer de moitié leur consommation de viande d’ici 2050. Cette consommation devrait aussi être augmentée d’un quart dans d’autres pays du monde. Si nous mangeons moins de viande, plus de terres seront disponibles pour cultiver de la nourriture ou des biocarburants ou simplement retourner à la nature.

    Et puis, manger trop de viande (le Belge consomme en moyenne 270g de viande par jour!) entraîne des excès de protéines, de lipides, et surtout d’acide gras saturés, source du «mauvais cholestérol». Tout cela augmente les risques de maladies cardio-vasculaires, de certains types de cancers, de surpoids et de diabète.

    Préférez les produits avec le moins d’emballage possible et pesez vos légumes vous-même.
    Pensez emballages recyclables et consignés plutôt que jetables (comme les barquettes en frigolite). Ayez votre propre sachets réutilisables en maille.
    Buvez l’eau du robinet.
    Évitez tant que possible tout ce qui est jetable

    Comme les lingettes (pour bébé, ne les utilisez que lorsque vous vous déplacez et à la maison optez pour un gant de toilette et du savon ou une lotion à appliquer avec un carré de coton lavable) appareil photo, vaisselle en plastique ou en carton. À la place du papier essuie-tout, utilisez plutôt un torchon ou une éponge.

    Réutilisez vos cartons d’emballage et enveloppes pour d’autres envois.
    Remplacez le papier normal par du papier recyclé (imprimante, mouchoirs, papier toilette…).
    Employez le verso de feuilles déjà imprimées sur un côté.
    Choisissez des bouteilles en verre consignées, ces bouteilles peuvent être utilisées jusqu’à 50 fois. Et remplacez l’aluminium par des emballages en verre ou en plastique réutilisables.
    Misez sur des recharges ou des produits concentrés plutôt que le produit entier à nouveau.
    Pensez à la seconde main: vêtements, meubles, appareils électroniques…
    Ne laissez pas couler l’eau pendant que vous vous brossez les dents. Vous pouvez ainsi économiser environ 1.000 litres par an.
    Remplissez complètement votre machine à laver et votre lave-vaisselle et évitez les programmes de prélavage.
    Utilisez des seaux d’eau et non un tuyau d’arrosage pour laver votre voiture.
    Si c’est possible récupérer l’eau de pluie dans des réserves.
    Utilisez l’eau de lavage des légumes pour arroser vos plantes ou votre jardin.

    Pour les petits trajets (du style aller chercher le pain à 400m) ne sortez pas votre voiture.

    Ne partez plus en vacances en avion ou bateau, rester en France.

    Ne changer pas vos meubles et votre décoration tout les 2-3 ans

    Acheter moins, mais de la qualité !

    Etc etc etc…

    C’est un effort certe, mais il faut savoir ce que l’on veut 😉

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